II" partie, ch. xvi
accident a d'étranges complications : si on le renverse d'une bourrade, il va choir sur la planche qui couvre un égout et la planche cède ; s'il reconduit civilement des actrices dans un escalier, le pied lui manque, il tombe, il entraîne dans sa chute les deux demoiselles qu'il tenait par la main; tous les trois, en roulant le long des marches, heurtent un valet, qui plie sous le poids d'un sac d'avoine, le sac lui échappe et s'ouvre, le grain se répand : c'est un concert de malédictions et de cris : « L'hôte arriva, qui pensa enrager contre son valet ; le valet enrageait contre les comédiennes ; les comédiennes enrageaient contre Ragotin, qui enrageait plus que pas un de ceux qui enragèrent *. »
Ces cascades d'infortunes comiques sont un des procédés les plus familiers de Scarron. De même, dans les descriptions de bagarres, dont il ne se lasse pas, on remarque qu'au premier groupe de combattants presque toujours s'en agrège un second, puis un troisième. Chaque arrivée de nouveaux champions exaspère l'ardeur guerrière : on se frappe, on s'égratigne, on se mord, on se renverse, on se foule aux pieds, on déchire les habits, on écrase les chapeaux, le plus souvent dans la nuit, pour que l'obscurité ajoute encore à la confusion des mêlées. Un de ces combats nocturnes * commence par un pugilat entre un poète et un aubergiste : attirés par le bruit, l'hôtesse, les comédiens, les comédiennes, les domestiques, les filles de cuisine, des voyageurs viennent tour à tour s'engouffrer dans le sombre taudis où les corps s'enchevêtrent, se « cramponnent », où l'on se meurtrit sans se voir, d'où monte une rumeur grandissante d'injures
1, !«• partie, ch. xvii.