Roman comique^ I" partie, ch. îi
d'acteurs isolés, nommés bululus^ qui font tour à tour tous les rôles d'une tragédie pour quatre ou cinq cuarios, un morceau de pain et une écuelle de bouillon ^. Mais les comédiens espagnols n'étaient pas les seuls à savoir ainsi se multiplier. Sorel en avait vu en France qui constituaient aussi à eux seuls toute leur troupe, et il décrit le manège de Tun d'eux dans les premières pages du XII® livre de Francion, Pourquoi Scarron n'aurait-il pas entendu parler de ces « ambulants» solitaires ?
Il ne semble pas qu'il ait rien emprunté non plus à V Aventurier Buscon de Quevedo, qui nous fait entrer, avec Don Pablo, dans une compagnie d'acteurs de campagne ^. L'influence, très générale, qu'a eue sur lui la littérature picaresque est beaucoup plus intéressante que ne pourraient l'être des souvenirs précis et particuliers.
C'est fortuitement sans doute que le Roman comique ressemble par le peu de liaison de ses épisodes aux ordinaires biographies des picaros. Mais la vie hasardeuse des comédiens errants n'offret-elle pas quelques rapports avec les odyssées des vagabonds espagnols ? Pour eux aussi, le souci principal n'est-il pas de trouver, chaque soir, un gîte avec une table passablement servie? Les grands incidents ne sont-ils pas enveloppés ici, comme dans les romans espagnols, d'une multitude de petites circonstances qui ne laissent pas de vide entre eux et qui, inutiles en elles-mêmes, finissent par constituer une atmosphère de vraisemblance? Ne nous dit-on pas, par exemple, • commétit sont groupés dans les carrosses ou sur les charrettes
1. Viage enlreienido, éd. de Lerida, p. 48. Mariquita, une camarade de Rojas, prouve plus loin (p. 161 et suiv) qu'elle est capable d^en faire autant.