‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 138 sur 188 · I" partie, ch. viii · texte numérisé non relu

I" partie, ch. viii

marquis d'Orsé, les hobereaux d'alentour arrivant avec leurs femmes, les hôtelleries pleines d'hôtes, les familles bourgeoises fîères de loger chez elles des personnes de qualité, salissant sans regret « tous leurs draps fins' et leur linge damassé»; les dames de la ville étudiant de près les dames de la Cour qui sont venues et se hâtant ensuite de faire «réformer quantité de vieilles robes» selon la mode nouvelle ; la salle de spectacle alors toujours pleine; le bal, tous les soirs, où des jeunes gens, qui retardent, dansent de mauvaises courantes « en bas de drap de Hollande ou d'Usseau et en souliers cirés i»: que d'aspects variés de la vie extérieure! Et, à côté, plus rarement, un jour rapide qui éclaire un coin de vie privée, quelque médiocre ménage dissimulant sa gêne, comme celui de La Rappinière, où la femme mange la soupe aux choux entre le valet d'écurie et la vieille servante boiteuse, tandis que le chef de famille, tout rempli de « mauvaise gloire », s'en va souper au cabaret, le plus souvent « aux dépens des sots *».

Pour ce qui est de l'humeur et des façons des Manceaux, Scarron note d'abord en eux deux ou trois traits qui leur sont communs avec les autres habitants de «villes subalternes »: une courtoisie gauche et trop appuyée, qui se répand en révérences, en assauts de politesse, une vanité puérile qui les fait s'éblouir les uns les autres en s'attribuant de glorieuses amitiés : « Ce n'est pas une petite ambition aux provinciaux que de pouvoir dire quelquefois qu'ils ont vu en tel lieu et en tel temps des gens de la Cour, dont ils prononcent toujours le nom tout sec, comme, par exemple : « Je perdis

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