La Bohémienne de Madrid
6b Dialogue des chiensi
âme», toujours prêts à mettre la main sur un innocent, quittes à le relâcher après, en en tirant encore quelques douzains pour se payer de leur peine i. Dans Tarmée, dans l'administration des finances, Ja faiblesse du pouvoir central ne relève que les menues défaillances et laisse passer les graves abus. Tout cela est indiqué fortement, en exemples très significatifs, et nous avons ainsi, selon le mot de Balzac, « une histoire de la société peinte en action ».
Qu'il y ait là quelque exagération, qui peut s'en étonner? L'image encore est incomplète: elle ne laisse rien deviAer des vertus de la race qui ne s'étaient pas tout à fait perdues, même sous le règne de Philippe III. Mais les conteurs picaresques n'ont jamais prétendu tout voir et tout dire : les sujets qu'ils avaient choisis ne les invitjaient pas à mettre en lumière les modèles les plus édifiants. Tous les historiens modernes reconnaissent, après Canovas del Castillo, que l'Espagne a alors traversé une crise morale des plus graves, et ils s'appuient sur des documents sérieux 2.
L'étude des caractères est évidemment plus simplifiée que celle des mœurs : elle est cependant moins élémentaire qu'on ne le croit généralement. C3 qu'il y a d'inconsistant dans l'âme de ces picaros, n'est-ce pas justement un trait de vérité? Seraient-ils devenus gueux ou fripons, s'ils avaient eu en eux de quoi résister à l'influence du milieu et à la contagion de l'exemple?
Leur hérédité est très chargée. Lazarille est le fils d'un coquin et d'une coquine. Le père de Guz-