‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 141 sur 188 · I'« partie, ch. ii · texte numérisé non relu

I'« partie, ch. ii

leurs installations ne sont jamais très durables: fort vive aux premiers jours, la curiosité du public est vite épuisée ; on est content alors d'être soutenu par un riche Mécène, comme le marquis d'Orsé ^, ou invité par un bourgeois qui donne un repas de noce et veut ajouter à la fête le régal de la comédie «. Ces occasions sont rares : les pauvres gens ont grand 'peine à se suffire, et leur matériel s'en ressent. La décoration est misérable, et leur ingéniosité ne suffit pas à dissimuler la pénurie dé leur garde-robe. Au Mans, lorsqu'on ouvre les coffres. Destin, premier amoureux, ne peut mettre la main que sur un pourpoint assez pitoyable et un haut-de-chausses fort déchiré ; il charge un tailleur de les rapiécer avec les restes d'un autre pourpoint arrivé au terme de sa carrière ; mais cet homme ayant, par une erreur inconcevable, remis en état les deux pourpoints aux dépens de la culotte, il se trouve avec un vêtement de trop pour le haut et les jambes fort démunies, « réduit à garder la chambre, pu à faire courir les enfants après lui» ; il n'aurait pu paraître sur les planches si le lieutenant du prévôt ne l'avait « régalé de l'habit d'un voleur qu'il avait fait rouer depuis peu '».

Les voyages sont pénibles, ils sont longs. La charrette sur laquelle La Caverne arrive avec tout le bagage est « attelée de quatre bœufs fort maigres, conduits par une jument poulinière, dont le poulain allait et venait à l'entour» : on ne peut aller vite en tel équipage. Pendant les trajets, l'on est souvent en butte à l'hostilité des paysans, à qui toute troupe errante est suspecte ; on est exposé à

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