La Comédie des Comédiens^ 1633, IIj
L'Étoile, fille noble, et Angélique, fille et petite-fille de comédiens, entre Destin et L'Olive!), un même raétier, tant d'épreuves partagées ont établi des liens solides. Il n'en était pas toujours ainsi, paraît-il. Parlant des querelles et « petites émulations » qui s'élèvent d'ordinaire entre les acteurs et surtout entre les actrices, Chappuzeau constate que les troupes de campagne y sont plus sujettes et qu'elles ont « peu de fermeté » : « dès qu'il s'en fait une, ajoute-t-il, elle parle en même temps de se désunir i». Mais Chappuzeau exagère : plusieurs des troupes dont on a pu suivre l'histoire, celle, par exemple, de « l'Illustre Théâtre », pour ne citer que celle-là, se sont à peu près maintenues tout le long de leurs tournées telles qu'elles étaient au départ.
Ces comédiens sont toujours contents d'avoir une occasion de faire valoir leurs talents ; ils ont plaisir à parler « de pièces de théâtre et de ceux qui les font»; ils s'intéressent à la question de la règle des vingt-quatre heures : ils aiment leur art et seraient prêts à le défendre, comme font leurs confrères dans la comédie de Gougenot^. La fierté qui leur vient de ce « noble emploi ' » les aide à supporter bien des misères et des ennuis : cette pauvreté quasi professionnelle qui faisait dire au farceur Bruscambille : « La comédie est une vie sans souci et quelquefois sans six sous » ; la grossièreté, l'indifférence, la lésinerie du public ; les humiliations, auxquelles des acteurs se résignent peut-être mieux que d'autres, parce qu'ils sont accoutumés à jouer « toutes sortes de personnages*»; l'obligation «de pleurer et de rire, lorsque l'on a envie de faire tout autre