partie, ch.x
mains des deux filles ses grosses mains « crasseuses et velues», L'Étoile se contente de retirer doucement les siennes, Angélique « lui décharge un grand coup de buse sur les doigts ». On est étonné de voir comme Scarron, trop porté d'ordinaire à chercher, en prose et en vers, les gros elTets, s'entend quand il lui plaît à indiquer des nuances.
Il semble aussi parfois qu'il soupçonne quel' intérêt il peut y avoir à ne pas fixer d'abord une figure d'un trait trop arrêté. C'est ainsi que dans le sieur de la Rappinière (dont le nom est déjà un avertissement), sous des apparences à première vue sympathiques de rieur assez jovial, il nous découvre tour à tour un vaniteux, un brutal qui abuse de ses pouvoirs de prévôt et tyrannise la province, enfin un «dangereux homme», qui a commis de graves méfaits, qui est prêt à en commettre d'autres.
Sa meilleure création de beaucoup, c'est le caractère de La Rancune, dont le nom n'est pas moins significatif. Le vieux comédien déchu, aigri, envieux, est devenu un type courant dans la littérature : mais aucune de ses incarnations successives n'a fait oublier le portrait de ce singulier «misanthrope» auquel Scarron visiblement s'est appliqué, qu'il a repris tant de fois, avec amour.
Il était de ces gens « qui haïssent tout le monde et qui ne s'aiment pas eux-mêmes», «malicieux comme un vieux singe et envieux comme un chien». «Il trouvait à redire à tous ceux de la profession : Bellerose était trop affecté, Mondori rude, Floridor trop froid et ainsi des autres.» Sur ses médiocres talents « il avait fondé une vanité insupportable, laquelle était jointe à une raillerie
continuelle, une médisance qui * ne s'épuisait point ». Il était honame « à s'éboigner pour faire perdre un œil à un autre ».
Voilà le personnage défini : il faut le voir maintenant en action.
Entend-il louer le talent de Destin, qui est le seul pourtant qu'il ait Tair de respecter : « Ce qui reluit n'est pas or, dit-il doucement : du temps que je jouais les premiers rôles, il n'eût joué que les pages : comment saurait-il un métier qu'il n'a jamais appris? Il y a fort peu de temps qu'il est dans la comédie : on ne devient pas comédien comme un champignon-. Parce qu'il est jeune, il plaît : si vous le connaissiez comme moi, vous en rabattriez plus de la moitié. Au reste, il fait l'entendu, comme s'il était sorti de la côte de saint Louis; et cependant il ne découvre point qui il est, ni d'où il est, non plus qu'une belle Cloris, qui l'accompagne, qu'il appelle sa sœur, et Dieu veuille qu'elle la soit ^ ! » Il s'attache à tous ceux que leur présomption ou leur naïveté lui désignent comme des victimes possibles; il les caresse, il sollicite leurs confidences, puis sans rire, car il ne rit jamais, il les pousse dans quelque fâcheuse aventure dont ils ne pourront sortir sans dommage. Il ne se fait pas de farce où il n'intervienne pour lui donner un caractère spécial de méchanceté : c'est lui, par exemple, qui, au moment où Ragotin. étouffe au fond de son chapeau, s'élance, des ciseaux à la main, sous prétexte de lui donner de l'air, et fait semblant, pour l'épouvanter, « de faire l'incision vis-à-vis du visage ». On peut voir au chapitre vi de la Première partie avec quelle appli-