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cation tenace il tourmente, toute une nuit, uniquement pour le plaisir de nuire, un marchand inoffensif , qui a même eu la bonté de lui offrir la moitié de son lit. Du succès de ces tours il jouit seul, froidement, « sans parler, selon sa coutume». Ses malices sans gaieté révèlent un fond de méchanceté profonde et sournoise, une haine générale des hommes qui s'acharne sur les moins forts ; elles n'ont rien de la facétie joyeuse que Ton invente pour avoir le plaisir de la raconter, que Ton raconte en riant et qui fait rire, après coup, même la victime.
Ce qu'il y a encore d'excellent dans le Roman comique, c'est que les personnages secondaires euxmêmes paraissent animés d'une vie assez particulière. Faut-il citer Roquebrune, le poète, le «mâche-laurier»,- à qui sa fatuité incorrigible et universelle constitue une sorte de caractère; ou i ce jeune magistrat, M. de la Garouffîère, le plus honnête homme du monde, d'esprit si ouvert, mais qui n'est pas exempt toutefois d'un petit ridicule, celui de dédaigner les autres provinciaux, parce qu'il va de temps à autre «manger ( quelque argent dans les auberges de Paris» ? Faut-il nommer encore Mme Bouvillon, le bon curé de Domfront, la séduisante Dona Inezilla del Prado ; et son mari, « ou soi-disant tel », le seigneur Ferdinando Ferdinandi, médecin spagirique, opérateur, vendeur de mithridate, « gentilhomme j vénitien, natif de Caen en Normandie »? »
Tous ces gens d'humeurs différentes et de conditions si opposées, aventuriers ou bourgeois sédentaires, confits dans leurs habitudes et dans leurs prétentions, Scarron les a montrés dans son roman, non pas face à face, enfermés les uns et les autres \ dans leur groupe, mais mêlés les uns aux autres
dans des rapports journaliers, en une intûnité éphémère, s'attirant ou se repoussant selon leurs natures, se faisant valoir par contraste. Cette association amusante de deux mondes est une des joies du livre.
Une autre, c'est la façon spirituelle et dégagée dont Scarron souligne les traits caractéristiques de ces originaux, l'entrain avec lequel il les pousse dans Faction. Son style est très loin de l'impersonnalité que réclame le pur réalisme. Sans cesse y éclate quelque boutade, quelque malice, quelque Tappfochement imprévu, dont l'auteur a ri le premier : « Un petit ourson nouveau-né, qui n'a point encore été léché par sa mère, est plus formé en sa figure oursine que ne le fut Ragotin en sa figure humaine, après que les piqûres des mouches l'eurent enflé depuis les pieds jusqu'à la tête ^. » Le badinage sent quelquefois l'affectation et l'effort. Mais le plus souvent l'expression a une aisance particulièrement remarquable chez un écrivain qui a souvent ailleurs côtoyé le précieux ou versé dans le burlesque. On ne rencontre guère, au xvii© siècle, de langue aussi souple, qui soit aussi propre à préciser, en termes forts, une image très vulgaire et, aussitôt après, à rendre les nuances d'un sentiment délicat. Presque toujours ici la forme accentue par sa franchise ce qu'il y a de vérité dans le fond, et par cette simplicité le Roman comique s'oppose aux romans héroïques autant que par la nature de son sujet. Voyez dans K Cléopâtre, dans le Cyrus, comment les amants se déclarent, avec quels discours ils se