‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 152 sur 188 · II* partie, ch. x · texte numérisé non relu

II* partie, ch. x

à un développement logique des caractères, et Ton aurait tort de prendre au sérieux ce passage d'une lettre de Scarron où, parlant d'un de ses héros, qui est sans doute La Rappinière, il assurait qu'il avait grand'peine à l'empêcher «d'être pendu à Pontoise». Des éléments contradictoires sont associés là sans harmonie. Mais la facétie et la satire n'y dominent qu'en apparence : le meilleur de l'œuvre est réaliste, de fait et d'intention. Sa trivialité même s'oppose aux exagérations de l'héroïque, ses bourgeois et ses comédiens aux Tiridate, aux Artamène, aux Alcimédon, ses pugilats d'auberge aux illustres combats de Médie ou de Chersonèse. Entre quelques situations forcées, le fond de l'histoire reste vraisemblable ; de la réalité dont ils sont sortis la plupart des personnages ont gardé une apparence vraie. Tout enfin est animé d'un esprit, d'une gaieté qui ajoutent du prix à la matière sans trop en altérer les formes ni le sens.

Sur beaucoup de ses devanciers Scarron a eii cet avantage d'être lu, et pendant longtemps. Sans parler de la supériorité de son style, il "a su mieux qu'eux intéresser. Mieux qu'eux il a su s'accommoder au goût général, non seulement par les concessions qu'il a faites à l'engouement romanesque, mais aussi parce qu'il a trouvé de bons moyens de rendre acceptable à tous ce qu'il y avait de meilleur dans le conte picaresque. Il en a concentré dans un temps assez court et dans un espace limité l'observation un peu trop fuyante. Il a choisi, d'autre part, ses héros, non parmi des vagabonds suspects, dont beaucoup méprisaient la bassesse, mais dans ce monde du théâtre, plus relevé sensiblement, qui avait eu de tout temps le privilège d'exciter la curiosité, auquel l'opinion était, depuis plusieurs

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années, particulièrement favorable ; il a paré quelques-uns d'entre eux de qualités qui devaient les rendre sympathiques, et il leur a prêté, en les faisant comédiens de campagne, le prestige qui s'attache à la vie d'aventures. Une certaine crudité d'expression, qui peut choquer parfois le lecteur moderne, ne devait effaroucher alors que les plus renchéries : n'est-ce pas un ami de Mme de Rambouillet et de Voiture, Costar, qui écrivait : « Un galant homme, nourri à la Cour et qui entend la belle, la fine et la délicate raillerie, peut rire sans se faire tort des aventures de Ragotin, de celles du marchand du Bas-Maine et de cent autres semblables i»?

Le Roman comique a été souvent réimprimé, au xvijc siècle, en France et en Hollande ^. Beaucoup de témoignages ^ nous attestent que ses personnages sont devenus rapidement populaires. La Fontaine f't Champmeslé en ont fait' reparaître quelques-uns dans une comédie, qui n'est pas du reste des meilleures ^. Plusieurs ont essayé d'ajouter au roman interrompu cette conclusion à laquelle Scarron avait pensé bien des fois en ^es dernières années, dont il parlait à ses amis, dont il faisait même connîdtre le commencement ^. La Suite que le libraire Ofîray a imprimée, en 1678, à Lyon, est l'œuvre d'un homme qui connaissait parfaitement la topo-

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