Buscon, ch. iv
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Guzman. je pris le chemin qui me sembla le plus agréa Me, allant où il pourrait.... Mes pieds me conduisaient et je les suivais ^....» C'est souvent leur façon de prendre un parti. Comme la fortune est journalière, leur existence est une suite d'aubaines imprévues et d'adversités soudaines. Des hauts et des bas, — et enfin Ton sait où ils tombent. Peutêtre exagèrent-ils un peu cette part du hasard : de tout temps ceux qui tournent mal sont tentés de dire que « le sort contraire les a persécutés * ». Il reste vrai que, dans l'existence où ils ont été jetés, les changements doivent être plus brusques et plus fréquents qu'au cours d'une vie régulière.
De ce qu'ils sont ainsi, tant de fois, les jouets de la destinée, il ne faudrait pourtant pas conclure qu'ils sont tout à fait dépourvus de personnalité. On peut démêler en eux un certain nombre de sentiments, assez forts parfois pour les déterminer.
Us ont quelque chose d'abord de la fierté ombrageuse de leur race : fierté sans doute mal comprise, qui se résigne volontiers au vagabondage, mais juge humiliants une fonction trop humble ou un métier manuel. Nous voyons Guzman quitter une auberge, où il avait trouvé le vivre et le couvert, de crainte d'être reconnu par des gens de Séville sous l'habit d'un valet d'écurie. Cet amour-propre ne lui est pas particulier : on pourrait dire que la vanité et la faim sont les deux pôles de toute activité picaresque. C'est encore ce sot amour-propre qui précipite souvent la déchéance des picaros, parce que, engagés dans la mauvaise voie, ils ne veulent pas paraître plus maladroits que les autres, ni- plus poltrons. On le retrouve même dans cette affectation