Polyandre (Avertissement
340 LE ROMAN RÉALISTE AU XVIlG SIÈCLE.
rieur, de suivre les progrès des sentiments, de composer des caractères.
Des caractères que nous offrent les œuvres françaises Francion est probablement le plus poussé; encore reste-t-il^ assez inconsistant. Les autres figures intéressantes ne sont que de second plan : la vieille Agathe dans le Francion , le cousin Adrian dans le Berger extravagant, Mme Ragonde dans Polyandrey le comédien La Rancune, le procureur du Roman bourgeois et Mme Vollichon ; ce sont des types vrais, représentants exacts d'une classe ou d'une catégorie, mais ils sont indiqués de façon trop sommaire. Sorel, Scarron, Furetière ont trop dédaigné l'analyse, peut-être parce que D'Urfé et ses successeurs s'y étaient trop complu. Ils ont l'air de croire que le jeu des passions est un mystère qu'on ne peut interpréter que par conjecture, qu'il est donc plus sûr d'en noter seulement les effets : « Je ne vous saurais dire précisément quelle fut l'émotion que son cœur sentit à l'approche de cette belle [car personne pour lors ne lui tâta le pouls), mais je sais bien que ce fut ce jour-là précisément qu'il fit un vœu solennel de lui rendre service ^. »
En France, aussi bien qu'en Espagne, le roman « vraisemblable » se propose pour principal objet la peinture des mœurs : il reprend les défauts généraux et éternels, comme la vanité ou l'avarice; il touche à la sai-ire sociale (l'administration des finances, la justice) ; il représente avec leurs tendances caractéristiques les différentes conditions (la noblesse, la bourgeoisie, le petit peuple, les paysans, les déclassés), les professions (médecins,