‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 184 sur 188 · LAGE CLASSIQUE · texte numérisé non relu

LAGE CLASSIQUE

sur la comète, sur la loterie, sur l'opérateur Barry. En des décors familiers (Suresnes, le moulin de Javel ou la foire Saint-Germain,...) on promène les modes nouvelles, les ridicules passagers, on "rapproche des naïfs, des sots, des grotesques, on lâche sur eux des personnages inquiétants qui avaient existé à toutes les époques, mais qui maintenant sortent de Tombre : coquettes effrontées, veuves en quête d'un jeune mari, marquis ruinés en quête d'une dot, femmes d'intrigi*e, marchandes à la toilette, escrocs de toute envergure, usuriers, soldats, valets ambitieux, servantes sans préjugés, tout ce qui a des vices et tout ce qui vit des vices des autres, tout ce qu'agitent et mettent aux prises dans les dessous de la société parisienne l'intérêt, la sensualité ou l'orgueil. L'intérêt surtout. Le pouvoir de plus en plus redoutable de l'argent, son influence morale et sociale, sa force corruptrice accrue de ce fait qu'il est gagné par de mauvais moyens et trop vite, et qu'il est mal dépensé, ses conflits et ses accommodements avec la seule chose qui garde en dehors de lui du prestige, la noblesse, voilà la vérité sérieuse qu'on saisit au travers de ces comédies légères qui ne visent qu'à être gaies, qui reflètent les mœurs courantes sans espoir de les corriger, avec une indifférence assez réaliste. Peu de profondeur, sans doute : mais les caractères n'y prêtent pas. Peu d'exagération, en revanche : car les traits sont trop marqués pour qu'il soit utile d'appuyer. Peu d'art, peu de style, mais de l'agitation, de la couleur. Voilà déjà des ébauches de Turcaret^ des esquisses pour Gil BlaSy assez exactes pour qu'on ait pu en tirer un commentaire perpétuel de La Bruyère i.

1. M. Lange, La. Bruyère critique des condiliuns cl des tnslitutions sociales, 1909.

Que les Caractères marquent un retour au vrai réalisme, cela a été dit maintes fois et très bien montré. Si l'auteur reste pour la doctrine parfaitement fidèle aux principes du naturalisme classique, il s'en sépare dans la pratique très visiblement. Se proposant de représenter « les mœurs de ce siècle », il lui arrive assez rarement, quoi qu'il en dise, de s'élever à la peinture « des hommes en général». Use limite volontiers à sa génération et, dans sa génération, à un moment. On ne peut douter que son observation ne se soit quelquefois portée sur des personnes déterminées et qu'il n'en ait fait des portraits fort reconnaissables ; il l'a avoué du reste : « J'ai peint, à la vérité, d'après nature, mais je n'ai pas toujours songé à peindre celui-ci ou celle-là dans mon livre des Mœurs ^. » Le plus souvent, il est vrai, il s'est rapproché du procédé plus large des grands maîtres, prenant « un trait d'un côté et un trait d'un autre, et de ces divers traits qui pouvaient convenir à une même personne » composant des images «vraisemblables ^ ». Mais aux figures qu'ainsi il constitue il donne un air si particulier qu'on comprend que les contemporains s'y soient trompés et qu'ils aient cherché partout des ressemblances : Charpentier n'avait pas tort de lui dire, en le recevant à l'Académie, qu'il ne s'en était pas tenu, comme Théophraste, à « l'universel». N'ayant pas la puissance créatrice d'un Molière, il eût été probablement incapable d'animer des types trop largement représentatifs : il s'arrête à mi-chemin, au point où le «caractère» est déjà assez général pour correspondre à une collectivité, où il est encore sus-

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