‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 185 sur 188 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'âge* CLASSIQUE. 379

ceptible d'être enrichi de particularités très spéciales. Il lui aurait été facile, par exemple, de former un portrait synthétique du financier de la fin du siècle : le souffle lui eût manqué pour lui prêter la vie. Il a peint une dizaine de manieurs d'argent qui donnent l'idée, chacun pour leur part, de l'inconscience, de la dureté de cœur, de l'avidité de tout le groupe et qui ont tous leur physionomie, qui sont Champagne, ou Clitiphon, ou Chrysippe. Ce n'est pas l'égoïste qu'il met sous nos yeux, mais quatre variétés qu'on n'est pas tenté de confondre : Phidippe, le raffiné; Cliton, le gourmand ; Gnathon, le goinfre ; Ruffîn, l'indifférent de bonne humeur.

Personne n'a su mieux que La Bruyère traduire en signes extérieurs les états d'âme et les qualités d'âme. On reconnaît de loin l'homme pénétré de son importance à ce qu'il « marche des épaules et se rengorge comme une femme». Regardez le riche Giton qui se dilate, s'épanouit, s'impose et, en face, Phédon qui se rétrécit, s'efface dans la pauvreté. L'auteur des Caractères condamne quelque part ^ la «parure arbitraire», la « draperie indifférente », « fantaisies du peintre... qui ne rappellent ni les mœurs ni la personne » ; chez lui, le costume complète la figure et aide à l'interpréter. « Un long manteau de soie ou de drap de Hollande, une- ceinture large et placée haut sur l'estomac, le soulier de maroquin, la calotte de même, d'un beau grain, un collet bien fait et bien empesé » : avec «les cheveux arrangés et le teint vermeil », cela suffît à caractériser le docteur mondain et à le distinguer de r« homme docte », qui vit humble-

Page 1