Guzman, I»« partie, liv. II, ch. v
jugé : rexpérience vous apprend qu'on doit moins tenir à sa dignité qu*à sa peau. « Le plus sûr remède aux outrages, c'est de les mépriser ^, » Il ne faut pas pourtant être trop timide : on ne gagne rien sans s'exposer, « on ne prend pas de truites sans mouiller ses chausses ^ ». H convient de vivre toujours en alerte et de ne tenir aucune chance pour assurée ni aucun malheur pour définitif. « Il n'y a point de mal si grand dont il ne revienne quelque bien *. » Les coupables peuvent s'amender : Guzman et Obregon en sont la preuve ; il n'y a qu'un défaut dont on ne se corrige pas, c'est la sottise. Voilà, dans ses grandes lignes, la philosophie picaresque. Elle ne s'impose pas : « Que chacun, dit Aleman, fasse comme il voudra son plat de ce qu'en ce festin nous lui servons, et laisse pour les autres ce qu'il ne trouvera pas bon pour lui.» Elle n'est que le résumé des constatations qu'ont pu faire, en des milieux qui n'étaient pas des plus relevés, en un temps qui n'était pas doux, des garçons assez clairvoyants et avisés, mais aussi dépourvus de sentiments élevés que de principes, très éloignés de l'impiété, mais persuadés sincèrement qu'avec beaucoup de foi et un peu de pratique * on peut se faire pardonner tous ses écarts. G3tte morale, où il entre surtout du bon sens, de l'égoïsme et de la résignation, est tout à fait en harmonie avec leur caractère.
Il faut encore remarquer le ton général de ces autobiographies. Les gueux ou les fripons qui racontent leur vie affectent d'en être des témoins assez déta-