Guzman, I'« partie, liv. I, ch. vu
4. « Tout vicieux que j'aie été, dit Guzman, je n'ai jamais passé de jour sans dire mon chapelet tout du long, a
chés. Ils ne se flattent pas ; ils sont « comme Dieu l'a voulu» : il faut donc les prendre tels qu'ils sont. Ils n'essaient jamais d'excuser leurs peccadilles et encore moins de les atténuer : ils les confessent d'un ton tranquille, avec une indifTérence assez ironique; à peine, quand la supercherie est très ingénieuse et très habilement conduite, laissent-ils deviner un peu de la satisfaction secrète que donne un ouvrage bien fait. Jamais ils ne s'attendrissent, , rarement ils expriment un regret. Est-ce par amourpropre, est-ce par dureté de cœur? En tout cas, le récit en paraît plus impersonnel.
Ainsi, presque sur tous les points, le roman picaresque afïirme sa tendance réaliste. Sa composition flottante rend assez bien le décousu de ces existences ballottées au gré des marées et des vents, sur « la mer périlleuse de la fortune». Les aventures qu'il multiplie n'ont rien d'extraordinaire : le décor exact qui les encadre, les détails vulgaires qui les enveloppent ajoutent encore à leur vraisemblance. Les personnages sont tels qu'il ne saurait être question de les idéaliser et qu'il n'y aurait pas d'intérêt à les enlaidir. Ils peignent comme ils le voient le monde qui les entoure ; ils se peignent eux-mêmes à peu près tels qu'ils sont.