‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 26 sur 188 · Ile partie, ch^ xxxii · texte numérisé non relu

Ile partie, ch^ xxxii

'don QUICHOTTE. 67

passant le seuil de sa maison, car je ne me sens pas

très solide. » Puis, de jour en jour, on le voit dépérir

Ses amis, qui s'étaient faits les médecins de sa

folie, s'effraient de voir à quel point leur remède

a été funeste; ils essaient de le rejeter dans ses

rêveries d'autrefois. Mais il secoue tristement

la tête : « Ne plaisantons plus, seigneurs, dans les

nids de Tan dernier il n'y- a pas d'oiseaux, cette

année. » Il sait bien qu'on ne recommeuce pas un

si beau songe. Il meurt d'avoir retrouvé sa raison.

Des commentateurs trop ingénieux ont voulu

chercher dans le Don Quicholle des intentions

mystérieuses et des sens cachés. Cervantes leur a

répondu d'avance : « Mon histoire, demande le

bon Chevalier, aura-t-elle besoin de commentaire

pour être comprise?». — «Oh! pour cela, non,

repond le bachelier Garrasco, elle est si claire

qu'aucune difficulté n'y embarrasse ^. » Rien de

moins énigmatique en effet que cette œuvre ; elle

est ouverte à tous : « Les enfants la feuillettent,

les jeunes gens la lisent, les hommes la comprennent

et les vieillards la vantent*^ » ; elle est si large,

si compréhensive que chacun, depuis qu'elle a

paru, a pu y retrouver quelque chose de soi.

Les Espagnols du xvii® siècle y ont reconnu, mieux encore que dans leurs romans picaresques, des images de leur vie familière, leurs usages, leurs mœurs, leurs préjugés. Ils y ont vu s'exprimer fortement, en face l'un de l'autre, les deux génies de leur race, le bon sens positif et l'idéalisme enflammé. Ils y ont entendu deux voix, Tune qui dit : « Bien des gens vont quérir de la laine, qui rentrent tondus : ne vaut-il pas mieux rester tran-

Page 1