Ibid
quillement à* la maison que d'aller chercher par le monde de meilleur pain que le pain de froment ?» — l'autre disant : « N'est-il pas plus beau de tenter l'impossible, même si l'on doit se dépenser sans profit dans la généreuse entreprise et en revenir « moulu de coups, sec et jaune et les yeux enfoncés jusqu'au fm fond de la cervelle i?» Eux aussi n'avaient-ils pas à choisir, tous les jours, entre ces conseils de la sagesse et ces appels de l'héroïque folie? Ne pouvaient-ils pas apercevoir quelque ressemblance entre les rêverie^ de don Quichotte et cette chimère de domination universelle que même alors ils s'acharnaient à poursuivre contre toute raison?
Il s'est rencontré, par un bonheur bien rare, que ce livre, qui tient de si près à son époque et à son pays, est en même temps très largement humain. Bien au delà des frontières espagnoles, toutes les générations et dans chaque génération tous les âges ont trouvé des motifs de s'y attacher. C'est qu'aucun peut-être n'a apporté une interprétation plus vraie et plus complète de la vie.
A côté de la variété amusante des aventures, de l'esprit si naturel répandu dans les dialogues, de la cordiale sympathie qui crée entre le lecteur et les personnages comme une atmosphère d'intimité, il y a, d'un bout à l'autre du Don Quichotte, un épanchement continu de sagesse, un commentaire perpétuel de la nature et des actions humaines. C'est quelquefois Saiicho qui fait les remarques : « Frère Sancho, lui dit le bachelier, vous venez de nous haranguer comme un recteur en chaire. » Le plus souvent, c'est Don Quichotte. Il parle