‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 35 sur 188 · Ou peut-être son père · texte numérisé non relu

Ou peut-être son père

lements sont par trop vagues) : Alexandrie est Barle-Duc, à moins que ce ne soit Pont-à-Mousson ; Basilée, c'est Orléans, mais quelquefois c'est Paris, qui s'appelle ailleurs Ilium, et Ilium, en d'autres passages, c'est aussi Ostende. En Fibullius^ les uns ont cru reconnaître d'Épernon, d'autres le maréchal de Biron, preuve que la vanité et l'ambition, qui sont ses défauts, ne sont pas chez un courtisan des traits suffisamment caractéristiques. Ajoutez à ces énigmes l'allégorie, qui accroît la confusion. Voilà Euphormion arrivé à Eutychia et qui s'y repose un moment : mais Eutychia n'est pas un pays, ce nom désigne la vie monacale.

Ces déguisements, qui embarrassent, étaient peutêtre nécessaires du temps de Barclay. Ils piquaient aussi la curiosité : les personnes subtiles ou bien renseignées devaient avoir plaisir à reconnaître les plus notables des contemporains sous des pseudonymes quelquefois bien imaginés : M. de la Varenne, grand maître des postes, sous celui de Cursor, le duc de Lerme sous celui de Despoiikyrius (le valet qui commande à son maître) ; Sully, duc de Rosny, sous le nom de Doromisus (qui hait les présents), que Barclay lui ' avait donné par antiphrase, parce qu'il passait pour n'y être pas insensible. Quand on avait deviné que Casine était la comtesse de Moret, maîtresse de Henri IV, on s'amusait de voir représentée la cérémonie de son mariage avec Olympion (le comte de Gésy), habillé à l'antique et couvert d' « un voile si gentiment replié, que les deux bouts se rélevaient pour figurer naïvement sur son front deux petites cornes, aussi bien faites que celles que^ les poètes donnent à Bacchus » ; d'entendre la harangue du pontife recommandant gravement à la 'mariée de tenir à distance cet époux mortel

pour se réserver toute au maître des dieux, dont la pluie d'or allait descendre pour la rendre mère d'un nouvel Hercule ^.

Ce sont des malices de cette sorte qui ont fait le succès de VEuphormion et qui l'ont prolongé pendant près de cinquante ans : l'ouvrage a été oublié, dès qu'on a cessé de les saisir, ainsi qu'il arrive aux livres à clef lorsqu'ils ne sont pas soutenus par des qualités durables d'observation.

Quant aux romans purement français qui se succèdent pendant les vingt premières années du siècle, ce n'est guère, comme on sait, le sens de la réalité qui y domine.

En poésie, à cette date, entre les stances pétrarquistes, la galanterie précieuse d'un Sponde ou d'un Laugier de iPorchères et, d'autre part, la verve obscène qui s'étale dans les recueils des Muses gaillardes ou du Cabinet satyrique, il y a le sain et vigoureux réalisme de Régnier, évoquant dans le domaine où il se tient non seulement des visions nettes de décor (les rues de Paris, les noires maisons du quartier Saint-Eustache, les cabarets, les «mauvais gîtes»), mais dans ce cadre, avec leurs nuances précises, les mœurs de la société qu'il fréquente et qui l'amuse: jeunes « frisés» de la Cour, pauvres poètes à l'habit « cicatrisé», courtisanes jeunes et vieilles, — et encore les manies courantes, les costumes, les modes du jour.

Dans la littérature romanesque, ce qu'on rencontre, c'est, d'un côté, un dernier reste des chevaleries courtoises, des romans d'aventures fort irréelles, VAsirée et quelques autres bergeries,

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