Journée
renchérit toas les jours : « Saint-Gris l s'écrie une femme, j'avais accoutumé par semaine de ne dépendre à la boucherie que quatre livres dix sols ; maintenant je donne à notre chambrière cent sols, et si nous mourons de faim ^. » La conséquence, c'est que pour faire aller leur ménage les magistrats reçoivent de l'argent des parties, les marchands fraudent sur la marchandise. Si quelquesuns se montrent trop scrupuleux, leurs femmes n'ont pas trop de peine à leur trouver « des aides pour les soulager».
Pour nous du moins, ce tableau des abus et des travers du temps n'est pas ce qu'il y a de plus intéressant dans les Caquets. Ce qui nous y plaît davantage, c'est de voir les dames de l'assemblée s'y peindre au naturel, et sans s'en douter. Sans doute il ne nous reste d'aucune d'elles un souvenir bien distinct : tout au plus pourrait-on les séparer en quelques groupes d'après leur âge, leur religion ou la profession de leurs maris. Mais, en dépit de quelques discordances, au travers de ce bruyant bavardage, l'esprit de la collectivité paraît à plein.
Ces bourgeoises travailleuses aiment l'argent, qu'elles savent dur à gagner. Dans les maux dont elles se plaignent ce qui leur paraît le plus doulou» reux, c'en sont les conséquences financières. Elles laisseraient voler autour d'elles, si ce n'était pas sur leur dos que se tondait la laine. Le grand luxe les choquerait moins s'il ne vidait pas Ls coffres. Leur parcimonie leur fait considérer comme un malheur une trop grande abondance d'enfants.
L'accouchée à qui l'on fait visite n'a que vingt-