La Comédie de Francion, imprimée en 1642, Paris, in
i;^8 LE ROMAN RÉALISTE AU XVII® SIÈCLE.
jeunesse elle a fait, entre autres conquêtes, celle d'un gentilhomme anglais d'une naïveté charmante qui la prend pour la maîtresse d'un très grand- seigneur et vient roucouler sous ses fenêtres de beaux couplets de son invention :
Moi foudrais bien guérir du mal que moi sens,
Mais moi ne puis pas :
Car li belle qui tient li cœur de moi
Est toute pleine de rigoureusement.
Après l'avoir laissé languir un temps raisonnable, elle consent à le recevoir ; mais cette nuit, tant désirée, est troublée cruellement : d'abord par la visite d'un sergent et de ses recors, puis par celle d'un coquin moustachu qui, se donnant pour l'amant en titre; mène grand bruit et menace de tout détruire. Cet épisode amusant et assez spirituellement conduit fait penser à une nouvelle de Boccace, la cinquième de la II® Journée, à un chapitre de Guzman d'Alfarache ^, et surtout à un passage du Dialogue des chiens de Cervantes, que Sorel connaissait bien, et où des alguazils s'entendent, de la même façon, avec une fille de mœurs légères pour surprendre, au milieu d'une bonne fortune, un Breton tout effaré. — Enfin l'on retrouve dans les meilleures parties de Francion une influence littéraire plus générale et d'une bien autre importaiîce : c'est celle des romans picaresques.
Francion les rappelle d'abord par sa composition très décousue, par cette succession de morceaux écrits en différents moments, soudés tant bien que mal les uns aux autres et dont la personnalité du personnage central forme seule le frêle lien. Il les