T. Il, p. 144 et
entièrement vraisemblables», comme « le genre de vie qu'il connaissait le plus était celui des maîtres de collège et des écoliers..., il avait pris là son sujet ^». Son tableau des mœurs universitaires est donc fait d'impressions toutes fraîches. Le collège de Lisieux, où Francion passe de longs mois, est peut-être celui où Sorel avait été instruit. Peu importe d'ailleurs. Tous les collèges de ce temps se ressemblent, et ce sont encore ces « geôles de jeunesse captive» que Montaigne maudissait. L'enfanby est « plus enfermé qu'un religieux dans son cloître». Le maître de pension, chez lequel il prend ses repas, le laisse mourir de froid pendant l'hiver et de faim en toute saison. N'ayant pas de bois, on est réduit à brûler la paille des lits et les livres de thèmes ^. A table, on distribue parcimonieusement une maigre pitance dont ne se contenteraient pas des porchers de village ; le pédant ne manque pas une occasion d'humilier les convives trop affamés ; il ne témoigne de sympathie qu'aux enfants délicats, à qui il faut peu de nourriture ^. On est condamné à «ne .jamais parler autrement que latin». Dans la classe se promène «un régent à l'aspect terrible», «toujours avec un fouet à la main», aussi impitoyable que leTempeste de Rabelais, «grand f ouetteur d'écoliers au collège de Montaigu ». L'enseignement est pitoyable. Quelques-uns des précepteurs sont d'anciens cuistres, venus «presque de la charrue à la chaire», qu'on a occupés d'abord dans les cuisines et qui, « consultant quelque peu leurs livres, tandis que leur morue était sur le feu », ont fini par se faire recevoir, tant bien que mal, maîtres