GUZMAN D ALFARACHE
avait été écrit vers 1607, peu de temps donc après la publication de Guzman d'Alfarache.
Pablo de Ségovie, "ce buscon, est proche parent de Guzman et de Lazarille : comme eux, il fait Tapprentissage du monde sous une souquenille de valet et vole ensuite de ses propres ailes. Gomme eux, il aime à décrire les scènes et les gens qu*il a rencontrés sur sa route. Mais Quevedo a des façons de peindre qui ne sont qu'à lui.
Son art, très étudié, compliqué, nerveux et subtil, réussit souvent à détacher les figures avec un relief très fort. Quand on Ta vu paraître sous son bonnet graisseux, déchiqueté par les rats, on n'oublie plus le licencié Gabra, un échalas vêtu d'une soutane, tout en longueur, sa tête en pain de sucre et ses cheveux roux, ses yeux si enfoncés « qu'ils ont l'air de regarder par des soupiraux », son nez écrasé, son gosier allongé comme le cou d'une autruche, ses bras secs, ses mains de squelette ^. Quel pittoresque amusant dans l'esquisse de ce capitan rencontré par Pablo à la porte d'une hôtellerie ! Chapeau à larges bords, un côté retroussé, l'autre lui retombant sur les yeux, des dents blanches luisant dans une figure basanée, des estafilades au travers du visage, une paire de moustaches aiguës comme des fuseaux, des jambes cagneuses comme celles des Aigles de l'Empire, une épée démesurée dont la garde est garnie de plus de grilles et de traverses qu'un parloir de nbnnes 2. Quel raccourci fort dans ce tableau de gueux de Madrid raccommodant leurs haillons ! « L'un reprisait ses chausses, à genoux, courbé comme un Z ; l'autre, qui se niettait une pièce entre les jambes, avait la tête