E. Roy, Ch* Sorel, p
i86 LE ROMAN RÉALISTE AU XVII® SIÈCLE.
contre lui et énumérer ses mesquines chicanes^.
On perdrait son temps à discuter cette critique, viciée par le parti-pris, si parfaitement dépourvue d'intelligence et de sentiment de la beauté. Il suffît de constater qu'il y fait intervenir trois ordres d'arguments : il feint de croire que les fables et le merveilleux païen, que romanciers et poètes semblent vouloir maintenir en crédit, peuvent faire du tort à la religion chrétienne (si l'on se souvient du premier Franciorij on doutera ici de sa sincérité) ; — il examine plus sérieusement la question du point de vue de l'utilité sociale (de telles lectures ôtent aux jeunes gens le goût du travail, aux femmes la retenue et la modestie) ; — enfin avec une conviction très évidente il condamne, au nom de la raison, ces « impertinences» incroyables, dont les gens sensés ne devraient tirer aucun plaisir, puisqu'elles «sont contre l'ordre du monde ». On voit assez l'absurdité des faux miracles, des enchantements, des sorcelleries qui y abondent. Mais cette mythologie ellemême, dont les poètes exaltent la beauté, qu'on essaie de faire revivre dans les romans pastoraux et dans les bergeries de théâtre, vous seriez bien forcés d'en reconnaître l'incohérence et la sottise si on la dépouillait de ce mystère dont une longue admiration l'a enveloppée.
Afin de le prouver, Sorel déchire le voile d'une main brutale ; il montre quelle figure peuvent faire, à la lumière du jour, ces fantômes imaginaires que révéra «l'erreur des peuples barbares» ; même, forçant le trait, ce qui est le droit, déclare-t-il, d'une (( satire qui veut avihr quelque chose », il les travestit, il les défigure, il les entraîne dans une