‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 88 sur 188 · T. I, p. 174 et suiv · texte numérisé non relu

T. I, p. 174 et suiv

graver par le célèbre Crispin de Passe ce « portrait fait par métaphore » ; il Ta placé en tête de son second livre, et c'est peut-être de tout Touvrage la page qui a eu le plus de succès ^.

Assurément ni sa satire, ni ses parodies, ni sa plaisante image n'ont corrigé le style du temps de l'enflure et du mauvais goût. La préciosité n'a pas été atteinte dans son fond, et l'on sait qu'encore au milieu du siècle, avant la comédie de Molière, il y en aura une reprise assez vive. Mais, s'il y a une grande différence entre le métaphorisme de 1620, tout à fait déraisonnable et vulgaire, et celui de 1659, si l'on s'est mieux défendu de cette maladie et dans le monde et dans les livres, il se peut qu'il ne faille pas l'expliquer seulement par le progrès du goût : la campagne commencée par Sorel dans le Francion, poussée surtout dans le Berger extravagant^ continuée ailleurs 2, y est peut-être pour quelque chose.

Sur un autre point encore, l'effort de Sorel n'a pu avoir que de bons effets. Autant sa critique est intolérante, vétilleuse et bornée, autant sa théorie positive du réalisme est réfléchie, mesurée, acceptable pour tous. En maint endroit de son livre, il a expliqué, et très clairement, quelles lois doit s'imposer celui qui fait profession de représenter les choses « avec une vérité naïve ». Il a répété que des « choses basses, appliquées comme elles sont, valent mieux que tant de belles aventures qui sont mal décrites», qu'il est moins difficile de faire valoir son imagination ou briller son esprit que de « s'accom-

1. Dans ses Remarques, Sorel constate, avec quelque dépit, que cette invention en a effacé « une infinité d'autres, aussi nouvelles et aussi bonnes».

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