‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 93 sur 188 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Polyandre^ la dernière « histoire comique » de Sorel, est, comme le Francion, un essai de roman de mœurs, mais qui a été interrompu, sans doute devant l'indifférence du public. On n'en a imprimé que six livres, qui ont paru seulement en 1648 ^ vingt ans après le Berger extravagant. Ils sont donc postérieurs à plusieurs des œuvres que nous aurons à examiner dans la suite : si nous n'en retardons pas l'étude, c'est qu'il a paru indispensable de grouper des œuvres qui se complètent, où, par des moyens différents et avec des réussites inégales, se poursuit un même dessein.

L'intention est ici particulièrement intéressante. Réduire autant que possible l'intrigue inventée pour laisser plus de place à la peinture des caractères, restreindre aussi, pour mieux voir, le champ de l'observation, voilà ce que Sorel a voulu. Malheu-

1. Polyandrcy histoire comique, Paris, A. Courbé, 1648, 2 vol., in-8. L'achevé d'imprimer est du 15 mars 1648. Le 26 août, à la « journée des barricades », allait commencer la Fronde parlement taire : pour quelques mois, à Paris du moins, on songerait à autre chose qu'aux romans.

reusement, comme il arrive souvent chez lui, Texécution s'est trouvée très inférieure à l'idée.

Un certain Polyandre, revenu à Paris après une longue absence, se lie d'amitié avec le jeune Néophile, puis avec son père, le riche financier ^sculan, et tous deux lui demandent de les servir dans leurs amours. Il se rencontre qu'ils aiment la même personne et, par un hasard plus singulier, que Polyandre a pour cette même dame une secrète inclination. Comment se tire-t-il de cette situation enxbarrassante? C'est ce que nous ignorerons toujours, les contemporains de Sorel s'étant montrés peu curieux de le savoir.

Sur ce fragment d'action se greffent des digressions infinies. L'auteur dit quelque part, parlant de certains livres : « C'est comme la corde ou la natte qu'on peut allonger sans frein, y ajoutant toujours de la filasse ou de la laine ^. » Voilà qui s'appliquerait parfaitement au Polyandre.

La table somptueuse d'^sculan attire quelques parasites assez étranges : c'est une occasion de dessiner leur portrait et. d'introduire leur biographie.' On rencontre dans la rue ou dans les salons d'autres originaux non moins remarquables, et quelqu'un se trouve toujours là pour donner des renseignements sur leurs façons de vivre et sur leurs manies. Polyandre est surtout friand de ces détails et de ces anecdotes, parce qu'il çn fait ensuite de beaux récits qui le rendent agréable dans les compagnies. Il va même visiter, le matin, des gens qui savent au vrai tout ce qui se passe, « afin d'être éclairci de beaucoup de gentillesses ^ ». A deux ou trois reprises, on le montre ainsi en des

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