Polyandre, t. II, p
maisons fréquentées colportant ses nouvelles, en récoltant d'autres, les yeux braqués sur les gens pour surprendre des défauts ou des ridicules, interrogeant de droite et de gauche pour renouveler sa gazette.
De cette enquête, plutôt malveillante, on attendrait d'assez heureux résultats. Dans une composition très lâche, au milieu des remarques futiles, des explications superflues, de toute la matière inerte et fastidieuse qu'il faut toujours déblayer chez lui, Sorel aurait pu nous offrir une abondante récolte de traits de caractère et de traits de mœurs. Cela sans doute eût été quelque peu faussé par le parti pris satirique : mais nous aurions eu des silhouettes des plus curieuses figures de ce temps, des croquis de la vie parisienne dessinés par un parisien caustique qui connaissait bien sa ville, dont l'âge aurait pu mûrir et enrichir l'observation.
Cette satisfaction nous a été le plus souvent refusée.
Il faut reconnaître d'abord que le Polyandre n'est pas dépourvu de toute valeur pittoresque. Sorel y décrit quelques physionomies avec sa précision ordinaire : « C'était un petit homme de l'âge de trente ans ou environ, qui, autant que l'on le pouvait voir, paraissait avoir les joues cousues, le nez affilé, la barbe et les cheveux à demi roux... i. » Il essaie parfois de faire deviner, par l'apparence, par le costume, la condition et le caractère des personnes 2. On rencontre surtout, particulièrement dans les premiers livres, quelques tableaux assez larges et assez animés.