VERS LE NATURALISME LES PREMIERS ROMANS SCIENTIFIQUES DE ZOLA
En 1865, l'année où parut Germinie Lacerleux, Zola publiait son premier roman, la Confession de Claude, qui est de pure tradition romantique. Deux ans après, il écrivait Thérèse Baquin, selonles dernières formules du réalisme, et les plus intransigeantes ; un an après encore, il concevait le projet de sa grande série des Rougon-Macquarl, et il en dressait immédiatement le plan. Il faut voir ce que fut cette conversion, comment, en moins de deux ans, Zola vint au réalisme et le dépassa.
En 1864, il était un petit employé aux appointements de 200 francs par mois ; il était attaché au bureau de publicité de la librairie Hachette. Cette place l'avait retiré de la misère où il tombait. Il avait dès longtemps de grands rêves d'avenir; depuis l'âge de dix-huit ans, il se savait poète ; les mansardes successives où il avait habité l'avaient vu ébaucher des strophes lyriques ou des poèmes épiques.
C'était un romantique forcené, du genre sentimental, libéral, humanitaire, avec une vague philosophie panthéistique ; ses dieux étaient George Sand, V. Hugo et Musset, et ses premiers essais poétiques, un amalgame assez médiocre de ces trois influences. On n'a d'ailleurs qu'à se référer à ses « lettres de jeunesse » ; tous les lieux communs du romantisme y ont trouvé place : aucun poncif ne manque à l'obligatoire collection : le siècle est prosaïque, la société-*" est mauvaise, hostile à l'homme de génie; la solitude est nécessaire, et elle est un tourment pour l'âme incomprise du poète. Zola est un Werther, et de la pire espèce, celle des Werthers qui n'ont point de Charlotte ; il tire orgueil, comme de juste, de sa souffrance; le poète a un rôle social, sa mission est sainte, il est un mage, etc.
Ce seront toujours, écrit-il en 1860, pour définir sa conception de la poésie, ces élans vers Dieu, ces cris dune âme qui demande avec des pleurs la sainte croyance des temps évangéliques, le saint amour de la femme ; ce seront ces blasphèmes d'un cœur ulcéré par le doute et qui, en reniant tout ce qu'il y a de pur et de saint, recherche avec angoisse à recevoir un démenti. Ce sera toujours ce poète saisissant la plume au berceau, ne faisant plus de la littérature avec un traité de rhétorique, mais avec les blessures de son cœur ; se sauvant des pédagogues, qui ne sont pas de son temps, et, dans une sublime ignorance, racontant ses chères visions. Ce sera toujours ce poète interrogeant le futur, divaguant et se perdant dans la nue, pour aller demander le grand mal au Seigneur, bâtissant utopies sur utopies, toujours dévoré par une fiévreuse activité.
La forme préférable de la poésie est donc « le cantique », et c'est celle-là que Zola a choisie; le poète «ne chantant que le bon, le juste et le beau, ne présentant à l'homme que des spectacles de lumière, se relève lui-même, en tachant de relever autrui ^^ :