AVANT-PROPOS. XV
sur l'absolu. On l'a appelé réaliste, naturaliste : suffiraitil, pour le définir, de l'appeler démocratique?
Non, ce serait un regard trop court, celui qui s'arrêterait à cette racine apparente de notre littérature. Le changement de l'ordre politique n'est qu'un épisode dans l'universel et prodigieux changement qui s'accomplit. Observez dans toutes ses applications le travail de l'esprit humain depuis un siècle; on dirait d'une légion d'ouvriers, occupée à retourner, pour la replacer sur sa base, une énorme pyramide qui portait sur sa pointe. L'homme a repris à pied d'oeuvre l'explication de l'univers; il s'est aperçu que l'existence, les grandeurs et les maux de cet univers provenaient du labeur incessant des infiniment petits. Tandis que les institutions remettaient le gouvernement des États à la multitude, les sciences rapportaient le gouvernement du monde aux atomes. Partout, dans l'analyse des phénomènes physiques et moraux, on a décomposé et pour ainsi dire émietté les anciennes causes; aux agents brusques et simples, procédant à grands coups de puissance, qui nous rendaient jadis raison des révolutions du globe, de l'histoire et de l'âme, on a substitué l'évolution constante d'êtres minimes et obscurs.
C'est comme une pente inévitable : dès qu'il bouge, l'esprit moderne la descend. Recherche-t-il les origines de la création? Ce n'est plus le chef-d'œuvre construit de toutes pièces en six jours, par l'opération soudaine d'un démiurge. Une vapeur qui se fixe, des gouttes d'eau, des molécules lentement agglomérées durant des myriades de siècles, voilà l'humble commencement des planètes; et celui de la vie, le léger soupir d'êtres sans