‹ Le roman russeChapitre 3 sur 52 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

il ne peut y avoir amitié étroite et solidarité qu'alors que leurs intelligences ont pris le contact.

Pour atteindre ce résultat, il est prudent de compter avec la force d'inertie du public; on ne le met pas eu appétit en lui dounant du premier coup une indigestion. 11 veut élre apprivoisé peu à peu aux connaissances nouvelles, pris au piége de son plaisir, et forcé de s'instruire pour mieux goûter ce plaisir. Entrons dans cette humeur du public : à vouloir la contraindre, nous ne la réformerions pas, et nous laisserions eu souffrance les intérêts supérieurs auxquels j'ai fait allusiou. Pour élre juste envers les morts et les vivants, une histoire des lettres russes devrait citer, depuis un siècle seulement, une longue liste de noms étranges pour nos oreilles, d'oeuvres qu'aucune traduction n'a fait connaître; il faudrait écriie en regard l'histoire politique et sociale des trois derniers règnes, qui n'est pas plus faite que l'autre, et qui expliquerait seule cette dernière. Faute d'une telle préparation, de vaines syllabes battraient l'air, sans rien laisser dans l'esprit du lecteur d'Occident ; cette nomenclature ressemblerait aux cartes du ciel nocturne, aux catalogues a'cloiles invisibles dressés par les astronomes pour quelques initiés.

11 m'a paru préférable de procéder autrement, à la manière du naturaliste qui veut nous renseigner sur une contrée neuve. 11 ne s'arrête point aux zones intermédiaires et peu tranchées ; il va droit au cœur du pays, aux régions singulières. Là, parmi les nombreux échantillons de la faune et de la flore qui sollicitent son choix, il note pour mémoire les espèces communes à toutes les parties du monde, importées par le hasard ou iiudus-

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