L AVANT-PROPOS
lien aura été ainsi pour notre époque. Depuis quinze ans, on s'est retourné sur le vieux lit où la blessure nous avait surpris; on a vécu sur des formules usées, la littérature n'a pas varié ses recettes. A l'interroger, on pourrait croire que personne ne demande des aliments plus sains. Ce serait une erreur. Ceux-là le savent qui regardent du côté de la jeunesse. Il ne faut pas la juger sur quelques fantaisies bruyantes et bizarres. Un esprit d'inquiétude travaille cette jeunesse lettrée, elle cherche dans le monde des idées un point d'appui nouveau. Elle montre une répugnance égale pour tout ce qu'on lui sert. Les derniers soupirs de l'art idéaliste ne la tou chent guère; inattentive à ce doux bruit d'une chose qui meurt, elle se refuse aux conventions élégantes et aux fictions légères qui charmèrent encore notre génération. Mais elle n'est pas moins rebellée la littérature matérialiste, au ras de terre. Ni musc ni fumier, de l'air, telle semble être sa devise. Sa générosité native est rebutée par le détachement égoïste et l'intolérable sécheresse du seul réalisme qu'on lui propose. Les négations brutales du positivisme ne la satisfont plus. Lui parle-t-on de la nécessité d'une rénovation religieuse dans les lettres, elle écoute avec curiosité, sans prévention et sans haine, car, à défaut de foi, elle a au plus haut degré le sens du mystère, c'est là son trait distinctif. On lui reproche son pessimisme, et on ne lui offre rien pour la guérir de ce mal; ces pessimistes, ce sont des âmes qui rôdent autour d'une vérité.
Leur cas n'est pas nouveau, et pour deviner ce qu'il présage, on ne saurait trop relire le livre qui éclaire le mieux tout le début de notre siècle, ces admirables