AVANT-PROPOS. XIII
d'abord dans le roman les traits épars du génie russe.
Dix années d'un commerce assidu avec les œuvres de ce génie m'ont suggéré quelques réflexions sur ses caractères particuliers, sur la part qu'il convient de lui assigner dans l'effort actuel de l'esprit humain. Puisque le roman se charge seul de poser tous les problèmes de la vie nationale, on ne s'étonnera pas que je prenne texte de légères fictions pour touchera de graves sujets, pour lier quelques idées générales. Nous allons voir les Russes plaider la cause du réalisme avec des arguments nouveaux, avec des arguments meilleurs à mon sens que ceux de leurs émules d'Occident. C'est un grand procès; il fait à cette heure le fond de tous les différends littéraires dans le monde civilisé; et sous couleur de littérature, il révèle les conceptions les plus essentielles de nos contemporains. Avant d'introduire les écrivains russes comme partie principale dans ce procès, je voudrais résumer le débat en toute liberté et sincérité.
La littérature classique considérait l'homme sur les sommets de l'humanité, dans les grands transports de passion, en tant que protagoniste d'un drame trèsnoble, très-simple; dans ce drame, les acteurs se partageaient certains rôles de vertu ou de méchanceté, et