Trad. Gabriel Chappuy. etc., III, p. 44i et suiv
2. Il ne faut pas. croyons-nous, accorder grande importance au Monophile d'Estienne Pasquier, Paris, J. Longis, 1554, in-8°. L'attestation de saine doctrine inscrite en tête du volume par le comte d'Àlsinois (en hendécasyllabes phaleuces français) ne doit jîas nous faire illusion. Dans ces deux dialogues, le mysticisme de Monophile est fortement tempéré par le scepticisme de Philopole, et ce qui semble bien en fin de compte J triompher, c'est le bon sens bourgeois et le réalisme de Glaphire, Voir | là-dessus Marsan, Pastorale Dramatique, p. 137 et 138. 3
3. Un exemple, entre cent, Mémoires-Journaux (éd. par Brunet, Cbam- 2 pollion, etc.), t. VIII, p. 278 : « Les débauches, folies, ballets, paillardises, duels et autres vices et impietés estoient en ce temps plus en
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Il est donc trop évident qu'en France, aussi bien qu'en Italie \ la conception d'un amour spiritualisé a pu se concilier chez beaucoup de gens avec un goût fort déclaré pour les réalités. Mais il n'est pas moins clair que s'il n'a pas introduit dans la société plus de vertu réelle, le platonisme a apporté h cette société un idéal plus haut dévie sentimentale. Cet idéal, elle l'a aimé, si elle n'a pas été capable de le réaliser, et cela déjà était un progrès. Par respect pour lui, elle a été conduite à proscrire peu à peu les propos grossiers, les plaisanteries vulgaires dont les rapports d'un sexe à l'autre avaient été si souvent l'occasion. Elle a vu dans l'amour une matière plus noble et plus compliquée; elle y a exercé ses facultés d'analyse, elle a abordé des problèmes dont elle n'avait pas autrefois soupçonné la gravité ni la beauté. Enfin elle a imposé aux auteurs ses préférences et elle a voulu trouver dans leurs fictions l'image des vertus dont la réalité lui ofiPrait rarement l'exemple.
Il n'est pas douteux que l'influence des femmes a singulièrement favorisé cette pénétration des théories platoniciennes sur l'amour, d'abord dans les rapports mondains, ensuite dans la littérature. C'est vraisemblablement grâce à elles que les progrès du platonisme n'ont pas été tout à fait interrompus pendant l'époque des guerres civiles, même au temps de la Ligue ^.
règne que jamais comme si par elles nous voulions provoquer Dieu à courroux, au lieu do lapaiser. »
1. On sait que Bembo, le grand apôtre du platonisme, ne s'était guère soucié de mettre d'accord sa conduite et sa philosophie.
2. Sans parler de la condamnation des poètes lascifs par Du Bartas (début de VUranie, 1574), dont l'inspiration est différente, on constate, à partir de 1583, c'est-à-dire au moment où la lutte va devenir particulièrement violente, une reprise assez nette du mouvement platonicien : Notable Discours en forme de Dialogue touchant la vraye et parfaicte amitié, duquel toutes personnes et principalement les Dames peuvent tirer instruction , et moyen qu'il faut tenir pour bien et honnestement se gou~
Il faut en effet remarquer que pendant le cours du xvi^ siècle leur autorité n'a cessé de s'accroître. Rien ne le prouve mieux que le nombre sans cesse grandissant des apologies du sexe féminin.
On sait combien sont lointaines les origines de cette querelle des femmes qui est presque devenue en France — comme en Italie — un genre littéraire. Nous n'avons pas à en suivre l'histoire % depuis le Roman de la Rose, dont les deux parties, sur ce point comme sur tant d'autres , s'opposent , depuis le livre de Matheolus ou depuis les XV Joies de Mariage. Rappelons que jusqu'aux environs de 1540 entre les deux partis dont l'un représente la tradition courtoise, l'autre le réalisme bourgeois, c'est le second qui paraît garder l'avantage : l'ouvrage qui semble clore cette période, c'est la copieuse et véhémente satire de Gratian du Pont, seigneur de Drusac, Les Controverses des sexes masculin elfemenin"^.
Mais, à partir de 1542, quand la Parfaicte Amye d'Heroet, les réponses et les défenses qu'elle provoque ont fait naître une nouvelle querelle dont on a bien
verner en amour [Trad. de Tital. de Piccolomini par Franc. d'Amboise], Lyon, B. Rigaud, 1583, in-16; — Dialogue de VHonneste Amour de B. de Verville, daté du 1" novembre 1583, Paris, Tb. Joûan, 1584, in-8° (à la suite des Appréhensions Spirituelles). — Harangue [en prose] de la parfaite amitié, par Martin Spifame, gentilh. franc, (à la suite de la 2® édit. de ses poésies, Paris, 1583, in-16; — Tbéorie de « la vraye amour selon Platon » dans le Misaule ou Haineux de Court, de Gabriel Cbappuys, Paris, 1585, in-8°, f° 52 et suiv. ; Discours De la beauté de Gabr. de Minut, Lyon, 1587, in-8" (où il est démontré « que ce qui est naturellement beau est aussi naturellement bon »).
1. Quelques chapitres de cette histoire ont été écrits. Voir la rapide étude de A. Campaux, La Question des Femmes au XV^ sièclcy 1865, in-8°, 41 p. ; le substantiel travail de M. A. Lefranc : Le Tiers Livre de Pantagruel et la Querelle des Femmes {Reu. des Études Rabelaisiennes, 1904) et l'intelligent essai de M. G. Ascoli sur l'Histoire des Idées féministes en France du XVP siècle à la Révolution, 1906, in-8°, 66 p.
2. Toulouse, J. Colomiez, 1534, in-folio, goth. Voir sur ce livre un article de M. Ch. Oulmont, Reu. des Études Rabelaisiennes, 1906.
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montré ' que le Tiers Livre de Pantagruel n'est qu'un épisode, il paraît tout de suite que la situation est changée.
Quels sont désormais les ouvrages où les détracteurs du sexe féminin peuvent trouver des arguments? En 1547, l'on traduit la Deiphire de L. B. Alberti-, dont le succès est, il est vrai, assez considérable : mais cette petite œuvre ironique, où l'imitation d'Ovide est d'ailleurs manifeste % s en prend au moins autant aux amoureux plaintifs qu'à leurs maîtresses. En 1565 paraissent les deux Dialogues de Jacques Tahureau : mais si le Democritic, avec une brutalité et par des raisons qui rappellent de très près le Corhaccio de Boccace, y prétend rabaisser les femmes à un rôle humiliant, la sympathie du Cosmophile atténue en une certaine mesure la violence de ce réquisitoire. Le Corhaccio ou Labyrinthe d'Amour est traduit lui-même en 1571 * : mais le traducteur, François de Belleforest, prend toutes sortes de précautions pour faire accepter cette grossière invective; dans son Epître dédicatoire il a grand soin de dire que, s'il a « ravi ceste œuvre des ténèbres obscures d'oubly », c'est « plus pour la diction que pour le sujet qui y est traicté )>, que du reste Boccace n'en veut point aux vertueuses, mais seulement aux malignes et aux hypocrites; il inscrit enfin à la dernière page du livre un sonnet « aux Dames », capable de désarmer les plus susceptibles.