‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 120 sur 192 · Paris, J. et P. Mettayer, 1601, in · texte numérisé non relu

Paris, J. et P. Mettayer, 1601, in

FIN DU XVI« ET COMMENCEMENT DU XVIl" SIÈCLE 223

voulait venir à la bouche et elle lui faisait ainsi la leçon : « Si tu in'aymes. .., conserve moy ton amie et pour ce faire ne me donne subject d'estre autre ny de te haïr. Car quelle espérance pourray-je avoir de ta parfaicte amitié, si je voy que tu violes ta foy que tu m'as si sainctement promise... : nul ne peut estre loyal amant qui n'est fidelle en sa promesse. Car le parfaict amour ne marche point sans le respect et la foy, d'autant qu'il est autrement deshonneste et furieux, partant dommageable, et non point, à ceste cause, amour, ains rage cruelle^ ». Les oreilles aussi sont devenues plus délicates. Dans la Mariane du Filomene (1596) -, on nous introduit dans une société où des dames écoutent des histoires; on vient d'en terminer une, qui est à la vérité assez leste, puisque c'est celle de Joconde. Les dames, dit l'auteur, furent fâchées infiniment « pour les parolles un peu trop libres et licentieuses, dont elles demeurèrent si confuses, que baissant la teste, teintes au visage d'un petit vermillon, elles furent quelque temps sans lever la veue, encore moins i sans nous regarder en face ». « Le sieur François [le nar- 1 rateur], dit l'une d'elles, me semble avoir d'autant plus ! manqué de son devoir que moins il a gardé ceste modestie et bienséance de parler, requise entre les dames ^ ». Dans les Travaux sans travail (1599), de Pierre Davity, une demoiselle relève non moins vivement un propos un peu risqué :

« La damoiselle. — Ha! par ma foy, vous estes trop libre : si vous poursuivez, je m'en iray.

Le cavalier. — Pardonnez moy, je parle à la soldade et selon l'air de la guerre, où tout est permis.

2. Anonyme, Paris, C. de Montr'ceil et J. Riclier, 1596, in-12.

La damoiselle. — Monsieur, nous ne sommes pas dans un camp, ceste compagnie est si honorable qu'elle vous doit faire résoudre à changer de termes ^ »

Quelques écrivains ne se contentent pas de nous représenter ainsi des mœurs plus pures et des façons plus décentes : c'est le platonisme lui-même qu'ils veulent faire entrer dans le roman, sous le voile du symbole ou de l'allégorie ^.

Dans les Chastes Amou/^s d'Ei^os etdeKalisti (1596)', histoire dialoguée, i\Pe de Rivery représente Eros épris de Kalisti (la Beauté), fille de Sophie (la Sagesse) : il est d'abord poussé par le seul désir de la jouissance, mais la voyant « résolue en sa chasteté », il se décide à s'unir à elle par les liens du mariage.

L'auteur, malheureusement inconnu, de la Monophile (1597)* esquisse avec une grâce légère, teintée parfois de poésie, un joli conte mythologique, où il nous avertit qu'il faut chercher « sous l'escorce des paroles je ne sçay i quel sens mystique qui passe bien plus avant que la lettre "" ».

C'est l'histoire d'un Orphée et d'une Eurydice. Mais il ne s'agit pas ici d'Orphée « qui accompaigna les Argo-

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