‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 126 sur 192 · Lyon, S. Rigaud, 1603, in · texte numérisé non relu

Lyon, S. Rigaud, 1603, in

à quel point la constance est devenue le dogme essentiel de la religion amoureuse. C'est une « lascheté » que de rechercher une autre maîtresse, même quand la première vous a rebuté après sept ans d'assidu service. La seconde demoiselle ne veut pas se rendre complice d'un tel crime, quoiqu'elle aime le coupable : « Pour un peu de delay que vous font les belles, vous voudriez, vous autres hommes, courir librement au changement! * » Elle meurt plutôt que de se prêter à un procédé si indigne, elle meurt pour se punir « d'avoir mis ses affections en un lieu destiné pour une autre saincte ».

Dans les Amours de Florimonà et de Clytie (1607)^, Florimond se tue parce que les parents de Clytie l'ont promise à un autre : au lendemain de sa mort, Clytie renonce au monde, avec le consentement du nouveau fiancé, et va finir ses jours dans un ermitage, près du tombeau de son amant. « Ceux-là, dit l'auteur (qui confond sans doute Tristan et Tantale), ceux-là avoyent beu dans le Anap ensorcelé de Tantale, ce qui causa que nul accident ne peut desunir leur parfaicte amitié. »

La constance des hommes est un peu moins certaine que celle des femmes (le roman sentimental a trop besoin alors du suffrage des dames pour leur refuser cette supériorité) : il faut donc la mettre à l'épreuve et pour cela imposer aux amoureux des stages, généralement excessifs, où ils auront à donner la mesure de leur vertu et de leur patience. On sait que cette mode des longues cours fleurira encore dans la littérature précieuse et qu'elle passera même du roman dans la vie ^ Les héroïnes de nos

2. Par Biaise de Saint-Germain, Lyon, Pierre Rigaud, 1607, in-12.

3. Elle y passe même avant. Talleraant (éd. Monmerqué et Paulin Paris, I, p. 507) raconte comment Adrien de Montluc « aima M"* Quelin plus de dix ans, devant et après la mort d'Henry IV ».

LE ROMAX SENTIMENTAL AVANT L (( ASTREE »

histoires se décident peut-être un peu plus vite que ne feront Mandane ou Clélie ou j\P'^ de Rambouillet à « cet aveu qui fait tant peine » : mais elles veulent, comme elles, ne s'engager qu'à bon escient, et que leurs amants aient pu mesurer le prix de leurs faveurs par la durée de leur résistance.

Les prétendants se lassent quelquefois et protestent : « Plus je la priois, dit Cariphile de sa maîtresse Filie, et plus je la rendois inexorable. Tousjours je sacrifiois à sa cruauté, mais jamais je ne la pouvois appaiser. Semblable à ces oiseaux renfermez, qui plus ils chantent doucement, et plus soigneusement leur maistre les retient en leur cage. Sept ans je languis en ces chaisnes n'estant allaicté que d'espérances vaines et nourry de cruautez estranges ^ «

Mais ceux-là sont de mauvais amants, des rebelles, que leur procédé irrégulier doit déconsidérer à jamais.

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