‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 128 sur 192 · Voir particulièrement f° 9, a et f° 66, a · texte numérisé non relu

Voir particulièrement f° 9, a et f° 66, a

5. « L'amour, depuis qu'elle est fort attachée à un jeune homme, ce luy est une perpétuelle afliction et travail d'esprit, luy faisant compagnye par tous lieuï, en tous endroictz et en tous temps, en afaires et en oysiveté... Je ne croy pas que tempeste, grêle ne gellée soit plus dommageable cheant sur les biens de la terre, qu est l'amour cheant sur une personne jeune... • [Amant ressuscité {I5bb), éd. de 1580, p. 291.)

FIN DU XVI^ ET COMMENCEMENT DU XVIl" SIECLE 241

Dans le Printemps de Jacques Yver (1572), un des interlocuteurs, « le sieur de Bel-Accueil », marquait bien cette gravité de la passion :

Il semble à vous ouir parler (Madamoyselle) qu'amours soient jeux de petits enfans, ou quelques marchez à plaisir, qui se facent et defacent à l'appétit des voilages affections : mais si vous sçaviez de quelles fortes et diamantines chaînes sont pressez et estraints plus serré que d'un nœud Gordian ceux qui aiment (ainsi que tesmoigne mesme le ret Vulcanic), vous n'en parleriez si à vostre aise, ains plaindriez par pitié leur condition i.

(( O amour, s'écriait un autre personnage, que tu es une estrange chose et d'estrange nature qui pour ta viande plus délicieuse et savoureuse ne te repais que de peine et soucy : dont tant plus tu dévores, et moins tu te saoules ^. »

Plus récemment enfin les traductions de la Diana de Montemayor et de ses Suites avaient donné l'exemple de fictions profondément mélancoliques où, dans les intervalles d'une action très pauvre, des bergers inconsolables n'avaient d'autre occupation que de chanter leur misère, par les bois et par les coteaux, avec accompagnement de cornemuse.

C'était donc un thème traditionnel que celui des plaintes contre l'Amour, et c'est justement en exagérant l'amertume de la passion que la littérature sérieuse prétendait s'opposer à la littérature facétieuse ou satirique.

Il se peut que le grand ébranlement des guerres civiles ait fortifié dans les romans de la fin du xvi*" siècle cette conception pessimiste de l'amour. L'éditeur du Lancelot de 1591 l'affirme du moins dans son Avertissement au Lecteur :

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