Ibid,, {o 199, a. Uist. III
Comme ainsi soit que noz offences et iniquitez nous ayant amenez à un temps, auquel nous ne pouvons ni devons parler de choses joyeuses ou récréatives, pour les misères et calamitez si fréquentes que nous avons, lesquelles nous devrions plustost accompagner de pleurs, larmes et gemissemens continuels....
L'auteur des Aniours de Lydamas et de Myrtille (1594) dit que la passion de ces deux amants « conceue au temps de nos flammes civiles a participé à leur malheureuse et tragicque influence ^ ».
Dans la Maiiane du Filomene (1596) des amis du gémissant Filomene s'avisent, pour le divertir de ses ennuis, de lui raconter des histoires dont il puisse tirer quelque consolation, « mais capables d'exciter plus de pitié et de pleur que de joye et allégresse » : « car il semble, déclarent-ils, n'estre gueres à propos de s'amuser maintenant, en cette saison si orageuse et turbulante, à rire et gausser" ».
Mais ce qui ferait plutôt croire que ce n'est là que la reprise d'une convention littéraire bien établie, c'est qu'après la pacification définitive, quand les esprits ont été tout à lait rassérénés, on n'en a pas représenté pour cela des amoureuses moins dolentes ou des amoureux moins plaintifs.
Nous ne rencontrons en effet, même après 1594, que « Désespérés contentements d'amour^ », « Martyre d'amour* », « Enfer d'amour^ », « Espines d'amour^ »,
3. Le Désespéré Contentement dCamour^ Paris, G. Robinot, 1599, in-12.
4. Le Martyre d'amour, par Jacques Gorbin, Lyon, S. Rigaud, 1603, in-12.
5. L'Enfer d'amour, par J.-B. du Pont, Lyon, Th. Ancelin, 1603, in-12.
6. Les Espines d'amour, par Estienne Durand, Paris, G. Robinot, 1604, in-12.
« Tragiques et infortunez amours^ », « Triomphe cruel de Tamour » et « Cercueil des amans ^ ».
« Qui n'a point esprouvé que c'est d'amour, dit l'auteur de Cleophas et Sephora (1601), n'en croiroit pas les flesches si poignantes. Et qui en a faict l'espreuve seroit en peine de raconter la passion que l'on y souffre^. »
Yrion et P«si7Aee (1601) commence par un vaste tableau des maux causés depuis l'antiquité la plus haute par cette « furieuse passion d'amour dont le mortel venin infecte les plus nobles et saines parties de nos âmes » et qu'on trouve à l'origine de « la pluspart des histoires dont la catastrophe se trouve tragique ». « Voilà les efFects de l'amour, s'écrie l'auteur des Destinées des Amans (1603), voilà les efFects de l'amour qui, soubs je ne sçay quel plaisir, nous donne un tourment qui nous travaille et afflige incessamment : la conscience nous remord et la craincte nous emmené en un estrange desespoir, si bien que l'Amour n'est autre chose qu'un troublement d'esprit, une douleur et aliénation de tout entendement.» (F<^ 46, h.)
On lit cette réflexion en tête de VHistoire Seconde de VEnfer d'amour (1603) :
Ce inonde est un Théâtre où se jouent des commedies pour rire, et des tragédies pour pleurer; mais pour un Acte Comicque qui s'y représente on void ceste Scène cent fois tragicquement baignée de sang et de larmes. L'amour en est le plus souvent l'Auteur et le principal personnage, qui joue aux despens de ceux qui luy sont donnez par la main du malheur*.
1. Les Tragiques et infortunez amours d'Amphion et de Philomelie, Paris, D. du Val, 1604, in-12.
2. Le Cercueil des amans oii est naïvement représenté le Triom,phe cruel de T Amour, par N. Piloust, Paris, Jean de Bordeaulx, 1611, in-12.
Un docteur en médecine prend tellement au sérieux ces plaintes et ces désespoirs que, sans intention ironique, il compose tout un livre sur l'art de se préserver des passions amoureuses et de les guérira
1. L'Antidote d'amour, avec un ample discours contenant la nature et les causes d'iceluy, ensemble les remèdes les plus singuliers pour se préserver et guérir des passions amoureuses, par Jean Aubery, docteur en médecine, Paris, Claude Chappelet, 1599, in-12. [L'indication des remèdes contre 1 amour va du P 110 au f 140.]
11 faut en rapprocher ce traité postérieur : De la Maladie d'amour ou mélancolie erotique^ Discours curieux qui enseigne à cognoisire l'essence, les causes, les signes et les remèdes de ce mal fantastique, par Jacques Ferrand, Agenois, docteur en la faculté de médecine, Paris, Denis Moreau, 1623, in-8».