Paris, Anth. Verard, 6 mai 1493, f°, goth., 20 £F
5. Paris, Pierre le Garon, 1493, 4°, goth., 20 ff. (avec une partie du texte latin en marge).
dans les années suivantes à Paris et à Rouen*. Le sujet est repris un peu plus tard par Anthoine Prévost^. Enfin Filippo Beroaldo ayant de son côté mis en vers latins élégiaques le conte de Boccace, cette adaptation, assez fidèle encore^, et les deux traductions en vers français qui en sont données dans la suite, celle de François Habert* et celle de Richard le Blanc % continuent, de la fin du xv^ siècle à la seconde moitié du xvi% à répandre dans les milieux cultivés le récit de Boccace dont — le fait est à noter — tant de rédactions différentes ont à peine altéré l'arrangement primitif.
1. Traicté très plaisant... Paris, Michel le Noir, s. d., 4% goth., 14 ff. — Le Traicté des deux amans, c^est assavoir Guisgard et la belle Sigismonde, Rouen, le Forestier, Richart Goupil et Nicolas Mullot pour T. Laisné, s. d., 4o, goth., 18 ff. ledit, reproduite à Aix, en 1834, par le libraire Pontier].
Du Verdier signale une traduction qui est peut-être celle de Jehan Fleury : La piteuse et lamentable histoire du vaillant et vertueux chevalier Guiscard et de la très belle dame Gismonde, princesse de Salerne. Lyon, Jean Flozollet, 1520, 16".
2. Les Regretz d'amours faitz par un Amant dict le Desconforté... Ensemble l'histoire de Carnour parfaicte de Guiscardus et Sigismonde par laquelle est congneu la fin d'amour estre souvent variable, le tout fort joyeulx et récréatif Franc et Loyal. Paris, Alain Lotrian, 8°, lett. rondes, 80 ff.
3. Philippi Beroaldi Bononiensis Poète Carmen de Duobus amantibus, capite jucundum, exitu amarissimum. Plusieurs impressions isolées : réimpression dans les Orationes et Carmina, souvent édités en France (Lyon, 1492, 4». Paris, 1515, 4», etc.).
4. Histoire de Tancredus, Roy de Salerne, contenant les pitoyables amours de Guicliard et la belle Gismunde fille dudict Tancredus dans le recueil intitulé : l'Histoire de Titus et Gisippus et autres petiz œuvres de Beroalde latin, Interprétés en Rime françoyse par Françoys Habert d'Yssouldun en Berry. Paris, Michel Fezandat et Robert Gronjon, 1551, 8°, 80 ff. [Déd. à Françoys de Cleves, duc de Nivernois. Privil. du 24 janvier 1550]. (L'histoire de Titus Romain et de Gisippus Athénien, qui est la YIII* de la X* Journée du Décaméron, avait été traduite par Beroaldo dans \ Epistola ad Minum Roscium cum duobus historiis (jui figure dans les Orationes et Carmina).
5. L'Histoire de Tancredus prise des vers latins de Philippe Beroal, traduites en [vers] françois par Richard le Blanc. Paris, R. Masselin, 1553, 16°, 10 ff. [Déd. à M"^" Françoise d'Ouartis].
Il est aisé de s'expliquer la faveur dont a joui ce conte. D'abord il s'est présenté chez nous sous la forme poétique qui semblait alors le mieux appropriée à l'expression des sentiments amoureux. D'autre part le caractère grave et douloureux du sujet est celui qui paraissait convenir à toute fiction sentimentale. Mais ici le public, lassé de tant de passions sans issue, de tant de désespoirs imaginaires, trouvait des personnages plus réels, une action dramatique violente, faite pour ébranler fortement la sensibilité, quelques images voluptueuses et quelques accents de passion vraie.
Le premier traducteur Jehan Fleury suit assez exactement, nous l'avons noté, Leonardo Bruni et par conséquent Boccace :
La fille de Tancredus, prince des Solernitiens, Sigismonde, devenue veuve de bonne heure, revient habiter à la cour de son père.
Bien fournie de corps, belle de vis
Estoit la très amoureuse mignonne.
Nature avoit en elle des biens mis
Autant ou plus qu il pourroit en personne*...
Tancredus, « qui la tenoit trop chiere », ne peut se résigner à la voir repartir. Il néglige de lui chercher un nouvel époux. Elle alors, se mourant « de dueil et ennuy », songe a prendre « ung courtois et gracieux plaisir ». Elle choisit Guisgardus pour son amoureux entre les chevaliers de la maison de son père :
Autant luy pleust que s'il eust esté roys : Noble de fait trop mieulx vault que de nom.
1. Nous suivons le texte de l'édition de Rouen, Th. Laisné, s. d., 4», goth. •
Après l'avoir longtemps éprouvé, pour s'assurer
Que loyaulté estoit en luy assise,
elle lui remet une lettre en un bâton creux lui signifiant son vouloir : quelques jours après, elle l'introduit chez elle par « une fosse et cave » du palais qui communiquait avec sa chambre par une porte secrète.
Elle mist hors damoiselles et filles, Puis ouvrit l'uys du caveau gentement Ouquel trouva Guisgardus très abilles Que tant aymoit du cueur loyalement.
Elle embrassa très amoureusement, Puis le mena en sa chambre parée En estanchant voluptueusement La soif d'amours tant par eulx endurée.
On ne pourroit suffisamment escripre Les plaisances que les deux amoureux Prindrent soudain en tirant d'une tire Des avirons d'amours délicieux.
Venus y fut et son filz gracieulx Qui renforcoient la vertu des amours '...
Lorsque son amant a pris congé, Sigismonde rappelle ses femmes,
Plus que devant joyeuse, gente et belle. Bien clerement on povoit veoir à elle Que tout ennuy hors de son cueur mis a. On ne la vit onques en chère pareille. Ainsi s'esbat qui bonnes amours a-...
1. Boccace est ici beaucoup plus sobre et discret; il écrit simplement : « Quand elle eust trouvé Guischard, ilz se firent l'un à l'autre merveilleuse chère, puis montèrent ensemble en sa chambre, où ilz demeurèrent la plus grande partie de ce jour avec très grand contentement. » (Traduction d'Antoine le Maçon, 1545, f°.)