Mémoires-Journaux de L Estoile (sept
3. Dans le Parfaict Gentilhomme de Du Souhait, Paris, Gilles Robinot, 1600, in-16 (CF. 32 et suiv.), dans La Guide des Courtisans de ÎS'ervèze (1606).
FIN DU XVl*^ ET COMMENCEMENT DU XYII*^ SIÈCLE 253
Dans la Ruelle Mal Assortiey Marguerite de Valois dit au cavalier dont elle entend faire un amant à sa fantaisie : « Il faut des bas entiers, une fraise, une cspee, une plume, et se avoir parler y si vous voulés ressembler à un homme ^ ».
Il est hors de doute que nos dames et nos gentilshommes ont beaucoup dû sur ce point à l'Italie et particulièrement à ses théoriciens de la politesse : on ne saurait assez répéter combien a été profonde chez nous rinfluence du Courtisan de Baldassare Castiglione ^, ou de la Civile Conversation de Stefano Guazzo % ou du traité plus pratique de Giovanni délia Casa, le Galathèe'* .
D'autre part, les femmes ont toujours considéré le bon ton, la galanterie dans les manières et dans les discours comme le moindre des hommages qui leur étaient dus et il est naturel qu'elles en aient fait une règle essentielle, le jour où elles ont pu fixer à leur gré les usages de la vie mondaine.
1. La Ruelle Mal Assortie, publiée par Guessard à la suite des Mémoires de la reine Marguerite {Me'm. de CHist. de France)^ p. 5. Marguerite ajoute, avec plus ou moins de sincérité : « Mon inclination ne tend qu'à ces petites voluptés qui proviennent des yeux et de la parole, qui sont, sans comparaison, d'un goust plus savoureux et de plus de douceur que cet autre plaisir que nous avons de commun avec les bestes. »
2. Voir plus haut, p. 208, note 2, la bibliographie des traductions : rappelons seulement que celle de Chappuys (1585) a eu trois éditions en une année.
3. Deux traductions en sont données en même temps, celle de Gabriel Chappuys, Lyon, J. Bernard, 1579, in-S', et 1580, in-8°; id., Lyon, B. Rigaud, 1592, in-16; — et celle de Belleforest, Paris, P. Cavellat, 1579, in-S"; id., Genève, 1598, in-16.
4. Le Galaieo avait d'abord paru en 1558, à Venise, dans un recueil de vers et de prose; la première édition séparée est celle de Milan, 1559,8°. La première traduction française est de 1562 : Le Galathee ou la manière et fasson comme le gentilhomme se doit gouverner en compagnie, tr. de rit. en fr., par Jean du Peyrat, Paris, J. Kerver, in-8. Éditions bilingues (italien et français), Lyon, 1572, 1573 et 1584, in-16. Édition en quatre langues (italien, français, latin et espagnol), Lyon, J. de Tournes, 1598, in-16, 459 p. Édition en cinq langues (italien, français, latin, espagnol et allemand), Genève, J. de Tournes, 1609, in-16, 619 p.
Dans le premier Dialogue de Jacques Tahureau (1565) le Cosmophile faisait déjà cette remarque : « Encores qu'il soit vray que les hommes ne puissent rien apprendre par ce que leur respondent les femmes, cela n'empesche pas qu'ils ne s'étudient à bien parler pour leur complaire ^ ». Il a fallu, de plus en plus, pour gagner leurs bonnes grâces, apprendre le secret de dissimuler sous de jolis dehors la violence des passions ou la brutalité encore trop réelle des mœurs'. L'expérience et la pratique du monde étaient évidemment là les meilleures maîtresses; mais on s'est habitué de bonne heure à chercher dans les livres des leçons de civilité.
On les a demandées aux romans. h^Amadis a été un manuel de beau langage; pour faire leur cour, de vive voix ou par écrit, les jeunes seigneurs y ont trouvé des modèles; les dames y en ont trouvé d'autres, pour leur répondre : « Quant est des Courtisannes, lisons-nous encore dans le premier Dialogue de Tahureau (c'est le Democritic qui parle), quant est des Courtisannes [les demoiselles de la Cour], pour en cognoistre les responces affectueusement fardées, je t'envoirai à ces beaux livres desquels je t'ay parlé ici devant, et principalement au Seigneur des Essars, lequel je nommeray toutesfois avecques révérence et honneur... Or en ces autheurs là tu pourras cognoistre le peu d'érudition qui nous vient