‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 136 sur 192 · Lyon, B. Rigaud, 1591, in · texte numérisé non relu

Lyon, B. Rigaud, 1591, in

3. Deux exemples italiens de ce dernier cas : Letiere amorose di Mad, Celia scritte al suo amante^ Venetia, Ant. degli Antonii, 1562, in-8°. — Délie lettere amorose libri due ne quali leggendosi una historia continuata d'uno amore fervente di molli anni ira due nobilissimi amanti, si contien cio che pua in quesia materia a qualunque persona avvenire, Venetia, Fr. Rampazetto, 1563, in-8° (vol. publié par Francesco Sansovino).

4. Lyon, Charles Pesnot, 1556, in-4°; — Id. (avec quelques notes ajoutées à la fin), Anvers, Christ. Plantin, 1556, in-8°; — Id. (reveues et augmentées), Paris, Galiot Corrozet, s. d., in-S**. — Quelques sujets de lettres : « l'amy rend grâces à l'amie de ce qu'elle luy a escrit; l'amy preuve par raisons que l'amour de l'homme est plus véhémente que celle de la femme; un amy promet à sa dame de luy garder son bon-

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Quelques ouvrages du même genre avaient paru bien avant ^ Mais les Epîtres de Parabosco ont fait oublier les autres et, à la fin du siècle, on en retrouve plus d'un souvenir dans les recueils galants qui, les guerres civiles à peine terminées, oftrent en foule leurs modèles h la jeunesse ignorante des belles façons. Ce sont d'abord Les Secrettes Fiâmes ou Poullets iV amour (1596)-, Le TJiresor cVAmour^, Les Diverses Amours de V Amant parfaict (1598) '*, Les Fleurs du bien dire (1598) ', Le Manuel

neur; une dame confesse estre contrainte d'escrire par la force d'amour* un amant se plaint à sa dame qu'elle est cause de sa mort; une dame aimant son honneur donne response rigoureuse à un gentilhomme, etc.. »

1. Le Jardin amonreulx contenant toutes les reis;les d'amours avecques plusieurs lettres missives tant de l'amant comme de Vamye^ faict et composé par maistre Christofle de Barrouso, Paris, A. Lotrian, s. d. [vers 1535], in-S", goth. [Les modèles de lettres sont en prose et sont encadrés dans un semblant d'histoire (en vers).] — Deux recueils de Michel d'Amboise : Les Epistres vénériennes de l'Esclave fortuné (en vers, Paris, s. d., vers 1532) et des lettres en prose (suivies de huictains, dizains et ballades'» où triomphent la rhétorique et la mythologie, mais sans trace de mauvais goût : Le Secret d'amours où sont contenues plusieurs lettres tant en rithme qu'en prose fort récréatives à tous Amans Paris, l'Angelier, 1542, in-S". — Est. Pasqnier avait donné, à la suite de son Monophile (Paris, 1554), un livre de XXIV Lettres Amoureuses ce qui, écrit-il plus tard {Lettres, iv, 3), « n'avoit encores esté attenté par nul des noslres ». (Il se trompe, on le voit.)

2. Secrettes fiâmes ou Poullets d'amour a la première beauté, Paris, Nicolas et Pierre Bonfons, 1596, in-12. — En 1591, avaient paru des Lettres Amoureuses tirées de l'italien de Bernbo, Lyon, Didier, in-16.

3. Le Thresor d'Amour, où dans des lettres, variées selon tous ses divers effects, sont pourtraictes les douces furies que ses plus sainctes fiâmes esmeuvent [Dédie, à M^'' Henry, Prince de Lorraine, signée N. R.]. L'édition de Paris, M. Guillemot, 1597, in-12, la seule que j'aie rencontrée, n'est pas la première : elle est revue et augmentée de cinquante lettres par l'auteur. [1° Lettre pour offrir son service à une dame, signée : « L'Esclave de vos yeux » ; 2° Absent, l'amant « s'hazarde de descouvrir son amour, n'ayant point eu la hardiesse de le faire estant près de sa dame », etc.]

4. Les Diverses Amours de V Amant par faict, avec plusieurs lettres amoureuses, Dédiées à sa maistresse [anonyme], Paris, Y'* de G. Buon, 1598, in-12.

5. Fleurs du bien dire, recueillies es cabinet des plus rares esprits de ce temps pour exprimer les passions amoureuses..., avec un amas des plus beaux traits dont on use en amour, Langres, Pierre la Roche, 1598, in-12,

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dC amour ^ . Après viennent he Bréviaire des Adioureiix (1604) -, Le Jardin dWmour^^ Les Marguerites françoises de François des Rues, tant de fois rééditées et augmentées ^, Le Printemps des lettres a?noureuses de

179 ff. ; — /</., Paris, Math. Guillemot, 1598, in-12 [Déclic, signée M. G. (Mathieu Guillemot)]; 3« édit. plus complète (333 0.), Paris, M. Guillemot, 1600, in-12 [Dédie, signée A. D. M. B.] ; ibid., 1601, in-12; Langres et Paris, M. Guillemot, 1603, in-12; Troyes, s. d., in-12.

1. Le Manuel d'amour jtiis en forme de lieux communs où sont déduites les plus belles parties de ses ejfects [Dédie, à M"* de la Fons, signée A. T.],

J'ai expliqué plus haut que ce petit traité, dont je n'ai vu que l'édition de 1614 (Paris, Anth. du Brueil, in-12), a certainement paru beaucoup plus toi. 11 est intéressant pour nous parce qu'il prétend rapporter des conversations réelles (M"° de la Fons, à qui l'ouvrage est dédié, était une des « devisantes ») et qu'il nous montre par suite comment la société mettait en pratique les leçons des livres :

Dans le château de Saint-Germain-en-Laye, vers la fin des guerres, une compagnie a décidé de consacrer quelques heures de ses après-midis à des conversations. On choisit six interlocuteurs, on les divise en trois groupes d'un cavalier et d'une demoiselle qui devront se donner la réplique, et on leur impo.-e un thème commun.

Le rôle des hommes sera de « rechercher par toutes sortes de debvoirs, d'honnestetez, de vœux et d'humilitez » ; celui des filles (à qui l'on donne naturellement l'avantage) de « desdaigner les submissions, les discours et les afïèctions de ceux qui s'ofFriroient à elles, sans leur accorder aucune chose pour ce jour-là ».

Trois dialogues où les hommes offrent leur service, trois où ils se plaignent d'être mal reçus, trois où ils demandent récompense. Peu de différence de ton entre ces trois séries dont la matière est d'ailleurs à peu près la même. Les amants rebutés plaident de leur mieux leur cause avec beaucoup de métaphores et par quelques mauvaises raisons. Fortes de leur vertu et de leur insensibilité, les femmes les plaisantent sur leurs exagérations et sur leur métaphorisme et mettent narquoisement les choses au point.

2. Le Brtviaire des Amoureux ou Tableaux du Tombeau d'Amour [par le S"" D., du pays de Rouergue, dit le privilège], Paris, T. du Bray, 1604, in-12; — Id., Paris, 1608, in-12, et Rouen, 1625, in-12. [Suite de déclarations et de plaintes amoureuses; quelques vers.]

3. Le Jardin d'Amour oii il est enseigné lo méthode pour bien entretenir une maistresse, nouvellement corrigée et augmentée pour l'utilité de l'un et de l'autre sexe, avec un traité de la civilité françoise. Paris, Jean Le Clerc, s. d., in-S".

4. Ce répertoire est disposé d'une façon très pratique. Les matières sont classées par ordre alphabétique : Absence, Adieux, Affections, Afflictions^ etc., et sous chaque titre l'on trouve, non des lettres ou des discours en forme, mais des phrases détachées ou de courls développe-

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Pierre de Deimier ^, etc. C'est là que toute une génération de notre noblesse s'est instruite dans l'art de « bien aimer », c'est-à-dire d'aimer dans les formes et selon le code de l'usage^. Il n'était pas de situation qui n'y fut prévue : « délibérations d'aimer », « raisons de n'avoir point parlé » ; propos pour « offrir et présenter service », pour se plaindre d'une « cruauté » ou de sa « captivité et servitude », pour s'excuser « de n'avoir pas pris congé » ; « douleurs à cause d'une absence », a reproches d'inconstance », remerciements de faveurs reçues, modèles de reparties L'on trouvait tout dans ces « bréviaires », et enveloppé dans un style qui, par peur du réalisme brutal, tombait dans tous les excès de l'affectation et du métaphorisme.

Il est naturel qu'une société instruite à exprimer ses sentiments sous une forme aussi arrangée ait aimé à trouver dans les romans des amoureux non moins courtois et bien disants. Ces « bons propos », dont prenaient soin de se munir ceux qui voulaient se faire valoir dans le monde \ nous les voyons en effet se développer sans mesure dans les histoires qui se succèdent de 1594 à 1610. Il n'en est pas une qui ne soit pleine de ces conversations interminables où l'amant dit son martyre, où la demoiselle l'encourage sans rien promettre, de ces

ments entre lesquels on peut faire un choix et qu'on peut grouper à sa fantaisie (34 paragraphes de plaintes ou de métaphores sur V Absence, 22 sur les Adieux, dans l'édition de Rouen, Loys Loudet, s. d., in-12, que j'ai eue entre les mains).

1. Je n'ai pu en voir que les éditions de 1612, Paris, Gilles Sevestre, in-8", et de 1615, Paris, Huby, in-12.

2. J'ai vu plus d'un exemplaire de ces livres, par exemple une édition de 1604 du Bréviaire des Amoureux, où le lecteur avait souligné d'une lourde main les passages dont il comptait faire son profit.

3. « Pour le jour d'huy, dit le sieur de Grivesne dans Les Esguillons â^ Amour (1599), les Dames ne font cas que d'une personne qui les entretiendra de bons propos. » {Disc. IV, f° 81, b.)

scènes de reproches où l'un répète si souvent les mêmes griefs et l'autre les mêmes excuses qu'ils ont l'air tous les deux de ne parler que pour le plaisir de s'entendre, de ces lettres surtout, plus ornées encore que les discours, où « le beau style )) sévit furieusement, lettres à « la chère beauté », à « l'ennemie du repos de ma vie », qu'on signe : « votre misérable et perpétuel esclave ».

Il arrive souvent que ces épîtres ou ces propos tiennent la moitié du volume. Dans un roman de Du Souhait, Les Proprietez d' Amour (1601) ^, le récit ne commence qu'aux dernières pages : le reste n'est qu'une suite d'entretiens entre Polymante et Filine, Polymante poussant sa pointe et Filine cédant lentement à cet amour qui lui agrée^ avec la réserve qui convient. Quelquefois même, comme dans Les Trophées d' Amour '^ ^ de Jacques Corbin, l'auteur, son histoire achevée, insère, à la fin du livre, toute la série des lettres adressées à son héroïne.

Cette accumulation de galanteries montre à quel point la société de ce temps était charmée de voir ainsi les sentiments se dépouiller de toute violence, s'exprimer en formules choisies. Elle laisse aussi supposer que les romans ont dû alors rendre les mêmes services que les recueils de Lettres Amoureuses et les Manuels d'Amour, et qu'on y a cherché, comme on l'avait fait cinquante ans plus tôt, des modèles de beau langage.

Dans le Berger Extravagant, Ch. Sorel fera dire plus tard à Philiris, défenseur des romans : « C'est là que l'on peut trouver du plaisir et du proffit tout ensemble et que les femmes mesmes apprennent de la civilité et de

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