Paris, T. du Bray, 1604, in
FIN DU XVI*' ET COMMENCEMENT DU XVIl^ SIECLE 261
la courtoisie*. » Cela est aussi vrai des histoires antérieures h VAsti'ée que de celles qui l'ont suivie. On avait (( amadigaulisé - » : on parle maintenant « des Escuteaux » ou (( de Nerveze ^ ».
Nous aurons plus tard à montrer combien a été fâcheuse l'influence que nos romans ont eue ainsi sur la langue et comment ils ont pu dans un certain milieu corrompre
1. m* Partie, livre Xllf, éd. de 1628, p. 150. — Dans une Mazarinade
de 1649, Le Commerce des Nouvelles restably ou le Courrier arresté par la Gazette, où l'on trouve une courte histoire du genre romanesque, on peut lire ceci (p. 4) : « Cet adroit courtisan [le roman] fit si bien par ses galanteries et complaisances estudiées qu'il attira bien du monde à son party ; et sur tout le beau sexe, qui se charme de vétilles, le trouvant fort propre pour l'instruire à faire l'amour et le rendre sçavant jusques aux dents en fait de compliments, fleurs de bien dire et cageolleries, le supporta si bien et si beau, qu'à sa faveur il débusqua l'Histoire et s'instala dans son domaine avec tant d'éclat et d'approbation qu'on ne parloit que par roman. » Ce passage concerne bien notre époque : il est question plus loin de Nervèze et de Des Escuteaux.
2. Nous avons déjà rencontré l'expression (dans les Mille Imaginations de Cypille [1609], f'^ 11, a). Elle est encore dans les Bigarrures du Seigneur des Accords [Préface) : « D'autres y a encores qui se plaisent par un long discours de faire ostentation de leur bien dire, et monstrer comme ils sçavent Amadigauliser, remplissant une page tout entière de ce qui se pourroit escrire en deux lignes. »
3. Cette fois, c'est bien un personnage contemporain de nos auteurs que Ch. Sorel ridiculise ainsi dans Francion (éd. Colombey, p. 283) : « Notez que, quand il devoit aller en compagnie, il apprenoit par cœur quelque discours qu'il tiroit de quelque livre, et le recitoit, encore que l'on ne tombât aucunement sur ce sujet; ce qui le rendoit fort ennuyeux. Je vous laisse à juger s'il avoit manqué de feuilleter tous les livres d'amour de la France pour y recueillir de belles fleurs oratoires, et si l'on ne connoissoit pas bien à ses discours qu'il avoit lu Nerveze. »
Cf. dans le même ouvrage, p. 441 : « Il me souvient qu'étant à Paris, j'avois un laquais, qui étoit fort amoureux d'une servante du quartier : ayant trouvé dans mon cabinet les Amours de Nerveze [Les Amours Diverses] et de Des Escuteaux que je gardois pour me faire rire, il en déchira les feuillets où il y avoit des compliments : il les apprenoit par cœur pour les dire à sa maîtresse, et les portoit toujours dans sa poche pour y étudier, de peur de les mettre en oubli. »
Tallemant des Réaux (Hist. xxii, éd. Monmerqué et P. Paris, I, p. 207) dit de Lisette, filleule de la Princesse de Conti : « Cette créature avoit le caquet bien emmanché, car jamais on n'a mieux débité le galimatias ny parlé si bien Nervese. »
le goût. Il suffit de noter ici que cet abus de propos galants et cette exagération de la politesse ne leur ont pas été moins funestes à eux-mêmes, puisqu'ils ont contribué à y rendre l'observation superficielle et qu'ils y ont étouffé en partie l'expression des sentiments vrais.