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CHAPITRE VIII

Le roman de sentiment de 1594 à 1610.

Les Auteurs. Les Personnages. Les Sujets.

Après avoir examiné les diverses tendances qui ont assuré, sous le règne de Henri IV, le succès du roman de sentiment ou qui en ont déterminé le caractère, il nous reste à étudier en elle-même cette abondante production et à rechercher ce qu'elle peut présenter pour nous d'intéressant.

Il faut d'abord dire un mot des auteurs.

Il est remarquable que la plupart d'entre eux ne sont pas des écrivains de profession. Beaucoup composent un roman, ou deux, et s'en tiennent la, satisfaits d'avoir donné cette preuve de leur savoir-faire.

Beaucoup encore ne signent pas leur livre, n'attachant pas sans doute grande importance à de tels essais ou bien jugeant que cet amusement ne convient guère h leurs fonctions ou à leur rang.

Parmi ceux qui font connaître leur nom et leur titre, quelques-uns sont avocats ou magistrats. La plupart sont gentilshommes : gentilshommes de toutes les provinces françaises : du Maine, comme Nicolas de Montreux; auvergnats, comme Favre; bourbonnais, comme Biaise de Saint-Germain; normands, comme le S'"de la Rivière; picards, comme Fr. de Menantel; champenois, comme Du

Souhait; bourguignons, comme le S' de la Regnerye; J lyonnais, comme J.-B. du Pont; provençaux, comme Jacques de Yitelli; du pays de Rouergue, comme Vital d'Audiguier; gascons, comme Joseph de la Mothe ou Antoine du Périer, sieur de la Salargue, ou Jean d'Intras, de Bazas, ceux-ci trahissant bien leur origine par la désinvolture de leur style et la hardiesse de leur mauvais goût.

Certains déclarent qu'ils ne sont devenus auteurs que par occasion : Tun a écrit « pour tromper les ennuis d'une mauvaise fortune^ », un autre pour tromper ceux d'une longue prison -, plusieurs pour oublier une disgrâce amoureuse. Quelques officiers ont pris la plume pour occuper les loisirs que leur faisait la paix^, et il y en a parmi eux dont l'inexpérience est touchante *. Quelques jeunes gens se sont donné ce divertissement au sortir des écoles, avant d'aller occuper une charge ^ ou avant d'entreprendre l'habituel voyage d'Italie^.

A côté de tant d'auteurs qui écrivent pour leur plaisir, nous en rencontrons sans doute quelques autres qui

1. Roussel, Histoire de Cleophas et de Sephora (1601) : Aux Lecteurs,

2. Le S'^ de la Regnerye. Les Amours de Lintason et de Pallinoé (1601) : Aux Dames.

3. L'auteur de la Perfidie d' Ajiiour (1594) rappelle dans sa préface ses prouesses militaires : celui à^Yrion et Pasithee (1601) s'excuse d'avoir traité son sujet sans beaucoup d'ornement, « la profession que je fais, dit-il, n'estant pas d'apporter beaucoup d'artifice en mes paroles ». L'auteur de La Constance d'' Amour, parue un peu plus tard (1611), est aussi un officier. Un ami l'en félicite en des vers liminaires :

Qui pourroit mieux que toy parler d'amour et d'armes, Amoureux et guerrier, chery de ces deux dieux?....

Il s'entend d ailleurs à « parler phébus », au point d'en être souvent presque inintelligible.

4. Par exemple, le sieur de Yitelli, dont V Histoire de Philopiste et de .Mizophile (1603) est l'œuvre d'un illettré.

5. J. Herembert, S*^ de la Rivière, Préface de Pandion et Yonice (1599).

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