‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 142 sur 192 · Janvier · texte numérisé non relu

Janvier

3. Quelques dames parmi eux : M"* de Gournay {Le Proumenoir de M. de Montaigne, 150'i), Marie Le Gendre, dame de PJvery [Amours d'Eros et de Kalistl, 1596), la Demoiselle H. D. B. (Desdain de l'Amour, 1603), M"* de Beaulieu {La Chlaramontey 1603). Les Pudiques Amours de Calistine (1605) sont « composées par une jeune Damoiselle ».

De plus grandes dames ne dédaignent pas de collaborer avec les romanciers de profession. En tète des Infortunées et Chastes Amours de Filiris et Isolia (Rouen, J. Osmont, 1601, in-12), des Escuteaux inscrit ce quatrain :

Si d'un front desdaieneux tesmoignant un mespris Quelqu'un enireprenoit, mon Livre, de te lire. Dis luy qu'Helisabelh, l'honneur des beaux esprits, A dicté ces discours que je n'ay fait qu'eàcrire.

« Helisabeth », c'est Isabelle de Rochechouart, dame de Lésé, à qui l'ouvrage est dédié.

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commun. Les écrivains affectent de mépriser « les esprits nourris au milieu des austeritez mechaniques » : « alaitez de courtoisie )>, ils ont « succé l'inimitié de ces âmes barbares ». Ils n'entendent s'adresser qu'aux « belles âmes » et aux « beaux courages^ ». Leurs personnages sont donc pris exclusivement dans la classe aristocratique. On ne rencontrerait pas, je crois, h cette époque une seule histoire où s'annonce, si peu que ce soit, le roman bourgeois ou populaire : le Lazarille de Tormes^ traduit depuis 1561 et plusieurs fois reproduit, le Giizman dWlfarache, traduit en 1600, n'ont eu encore aucune influence. Il faudra attendre quelques années pour qu'un auteur ose écrire : « Je ne tais état des hommes qu'en tant qu'ils s'acquittent bien du personnage qui leur a été baillé- ». L'auteur de La Vivante Filonie (1605) exprime bien l'opinion unanime des lecteurs de son temps quand il écrit " : « Nostre siècle n'ayant des yeux que pour admirer les effets des créatures bien nées... » On ne veut pas, dit Timothée de Chillac, de « ces amours vulgaires qui ne se pratiquent qu'entre des âmes de basse origine*' ».

Tout se passera donc entre gens de condition^. Et ces

1. Avis « aux lecteurs » des Œuvres de Timothée de Chillac, Lyon, T. Ancelin, 1599, in-12.

2. Sorel ajoute : « Celui qui est paysan et qui yit fort bien en paysan me semble plus louable que celui qui est né gentilhomme et n'en fait pas les actions, tellement que, ne prisant chacun que pour ce qu'il est et non pour ce qu'il a, j'estime également ceux qui ont la charge des plus grandes affaires et ceux qui n'ont qu'une charge de cotrets sur le dos, si la Tertu n'y met de la différence. » {Francion^ éd. Colombey, p. 452).

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