Voir plus haut, p
amassions les miettes qui tombent sous la sumptueuse table de ces magnifiques pour nous faire bonne bouche ».
Et il ajoutait : « Le syncere zèle que j'ay à l'honneur de ma patrie (lequel je voy aucunement violé) m'a donné envie et hardiesse d'essayer à monstrer que nous ne sommes point plus stériles en belles inventions que les estrangers, et qu'avons bien de quoy recréer et soulager l'ennuy qu'apporte l'oisiveté par des discours nez en France et habillez à la Françoise^ ».
L'auteur de La Conslance dWlisee et de Diane (1602) s'élève contre la concurrence que font au roman français les traductions d'œuvres étrangères :
Belles âmes, que la France a nourries et eslevees dans son sein, pourquoy allez-vous mendiant parmy les estrangers les ruynes d'amour, pour en faire parade, laissant en depost à l'oubliance les plus remarquables tragédies de ce tyran, advenues entre les François? Vous n'en rapporterez, croyez moy, que la perte du temps et l'advancement de vos jours : car ces forains habillez à la Françoise sont aussi tost recognus au maintien et au dialecte de leur pays (qu'on ne peut changer que difficilement). Vous leur faites tort à la vérité, leur faisant perdre leur lustre naturel,... outre qu'ils nous donnent moins de contentement, pour ce que nous y avons moins de créance qu'aux nostres^.
Un sonnet, qui recommande le livre aux « beaux esprits )>, se termine par un appel au sentiment national :
Et puis il est François aussi bien comme vous.
L'on proteste avec la même vivacité contre l'admiration superstitieuse de l'antiquité et l'on repousse les sujets
1. Le Printemps d'Ycer, Préface. Dans un autre passage (éd. de 1574, i° 321, a), J. Yver blâmait « la folle opinion que la pluspart ont des estrangers et principalement de l'Italie, n'estimant point un homme bien desniaisé s'il n'a sorti du nid de France pour faire un voyage delà les monts ».