‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 155 sur 192 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Questions sociales. Les abus de l'autorité

paternelle : mariages forcés

et vocations forcées.

Après la question religieuse, les questions sociales.

Nos romans n'en ont abordé que deux, celle des mariages forcés et celle des vocations forcées. Ce dernier sujet n'est d'ailleurs traité avec quelque développement que dans un seul ouvrage, tandis qu'on en compte plus de vingt où une fille se voit imposer par ses parents une union qui lui déplaît.

On comprend sans peine que cet abus de l'autorité paternelle soit ainsi devenu un thème presque traditionnel. L'usage s'étant répandu de ne représenter dans les romans que des amours merveilleusement fidèles, les obstacles susceptibles de contrarier les affections devaient nécessairement venir de l'extérieur, et il n'en était pas de plus indiqué que l'opposition qu'ont toujours faite les calculs des pères aux inclinations de la jeunesse.

Il n'est pas d'époque où les moralistes n'aient condamné cette coutume de sacrifier des sentiments sincères à des considérations de naissance, de bien ou de crédit. On sait aussi avec quelle persistance le roman et la comédie ont repris ce sujet qu'on peut dire éternel. Mais il semble que la « question d'argent » a rarement été

FIN DU XVl^ ET COMMENCEMENT DU XVIl" SIÈCLE 289

plus pressante que sous le règne de Henri IV, au moment où, au lendemain des guerres, tant de grandes maisons avaient à rétablir leur fortune ébranlée. D'autre part la législation se souciant bien plus alors « de maintenir l'autorité du chef de famille que d'assurer la liberté des unions », cette autorité se manifestait souvent dans la réalité d'une façon « exorbitante ^ ». Il est donc naturel que le roman, qui justement se piquait de se tenir très près de la vie, ait tiré grand parti des troubles que pouvaient jeter dans les familles ces conflits de sentiments et d'intérêts.

Dans Ly damant et Calliante (1607), d'Audiguier définit très nettement le thème :

Les filles sont esclaves de leur condition, misérables en cela qu'elles n'ont point de volonté en la chose du monde la plus volontaire. Et nous sommes encore plus malheureux de nous asservir à elles, et attacher noz volontez à des personnes qui n'en ont point-.

Un des premiers romans de cette époque. Les Aîiioiirs de Ly damas et de Myrtille ^, nous fera assez bien voir comment ce thème est ordinairement développé.

Après une longue cour, Lydamas a réussi à faire agréer ses services : la famille de Myrtille consent au mariage. Mais le frère de la jeune fille meurt subitement. La voilà devenue unique et riche héritière. Ses parents ont dès lors plus d'ambition pour elle et ils se promettent de « la loger en plus grande maison ». Parmi beaucoup de seigneurs qui maintenant la recherchent ils choisissent Cléophon, quoiqu'il soit moins favorisé des dons de l'intelligence que des biens de la fortune.

1. D'Avenel, La Noblesse française sous Richelieu, p. 119-121.

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