Anonyme, Toulouse, A. Sève, 1594, in
Lydamas se voit donc interdire la demeure de sa maîtresse . Les amants peuvent échanger quelques lettres, mais ils n'ont plus que de rares et courtes entrevues. Myrtille fait de grands serments d'être fidèle : a Je vous jure aussi solemnellement qu'il se peut faire que contre la rigueur de la Fortune, les traverses du destin et les commandemens de mon père je ne serav jamais à un autre qu'à vous ^ ». Mais l'on prévoit bien qu elle ne pourra pas continuer longtemps sa résistance. On annonce déjà son mariage avec Cleophon.
Ce Cléophon surprend un dernier rendez-vous ; il tire son épée. Lydamas tire la sienne. L'endroit est solitaire, perdu au fond des bois : un duel furieux s'engage et, sous les veux de Myrtille, les deux adversaires tombent, frappés tous deux mortellement.
Quelques semaines après, Myrtille meurt de chagrin. Ses parents restent seuls au monde. Ils font vœu de consacrer leurs dernières années aux pauvres et aux affligés : ils essaieront ainsi d'oublier les remords qu'ils ont « de s'estre laissez commander par l'avarice ». « Exemple, ajoute l'auteur, qui doibt servir aux pères de ce temps, qui prisent plus le bien que la vertu ^. »
C'est quelquefois à l'ambition des parents que les filles sont sacrifiées. Glorian a obtenu la main d'Ismène^, il ne reste plus qu'à fixer le jour des noces. Par malheur, Ismène est remarquée dans un banquet par le gouverneur de la ville : il est vieux, mais son crédit est immense. La jeune fille a beau pleurer et protester, il faut qu'elle consente à cette union mal assortie.
3. Les Amours de Glorian et Jsmene, par Du Souhait, 1600, in-12.
FIN DU XVI*î ET COMMENCEMENT DU XVII*^ SIECLE 291
La mère d'Antonide enlève sa fille à Clarimond, qu'elle aime, pour la donner à un personnage de naissance illustre, le prince d'Ascrie, dont la mort survient fort à propos pour rendre aux amants l'espérance ^
Polymante aime Filine et est payé de retour ^. Mais un grand seigneur, gouverneur de la province, se prend pour elle d'un caprice et promet le mariage. Les parents, qui sont pourtant de bonne noblesse, sont à ce point enivrés d'une telle fortune qu'ils jettent eux-mêmes leur fille entre les bras du prince. Mais celui-ci est bientôt lassé d'une si facile conquête. Il se dérobe, en invoquant des raisons d'Etat, et propose à Polymante de lui donner la demoiselle et, avec elle, une charge de lieutenant-général. Polymante a trop d'honneur pour consentir à ce marché : il s'éloigne et va faire la guerre en Hongrie, ce qui est alors la ressource ordinaire des amants trop malheureux. ^Quant à Filine, « désespérée de ces deux pertes, elle se [rend religieuse ».
Ces cas sont exceptionnels. Neuf fois sur dix, la cupilité, plutôt que la vanité, de leurs parents fait le malheur [de ces pauvres filles « qui ne reçoivent leur mary que [par la révérence des loix paternelles^ ». Et il est à remarquer que cette « extrême avarice » des pères — et quelquefois des mères — s'exprime avec une franchise presque cynique, de même que leur autorité s'exerce sans discrétion ni ménagement : « Ma fille, dit Algée au riche Thrasso*, ma fille faict la rétive et combien que sa
1. Les Chastes et heureuses Amours de Clarimond et Antonide, par des Escuteaux, 1601, in-12.
2. Les Proprletez d'Amour et les Proprietez des Amans, contenant une Hystoire véritable des Amours de Filine et de Polymante, par Du Souhait, 1601, in-12.