On disait, on le sait, « une vocation de cadet
5. Par exemple, La Bruyère, De Quelques Usages : « La cadette ïst sur le point de faire ses vœux, qui n'a point d'autre vocation que le jeu de son père ».
6. Cette coutume s'était d'ailleurs répandue même dans la petite bourgeoisie, comme on peut en juger par ce passage des Ciquets de l'Accouchée (1623), 1" Journée (p. 13 de l'éd. de la Bibl. Ebév.). L'accouchée vient d'avoir son septième enfant : « Par Saint Jean, dit sa mère, ce sont biens de Dieu, mais ce ne sont pas des meilleurs, mante-
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cette fille coûteroit; sans autre motif, c'est assez pour la dévouer à la religion. Mais elle n'est pas appelée à ce genre de vie; il faut bien qu'elle le soit, puisqu'il n'y a point d'autre parti à prendre pour elle... Mais elle n'a nulle marque de vocation; c'en est une assez grande que la conjoncture présente des aftaires et la nécessité... Cependant on conduit cette victime dans le temple, les pieds et les mains liés, je veux dire dans la disposition d'une volonté contrainte, la bouche muette par la crainte et le respect d'un père qu'elle a toujours honoré. »
C'est Bourdaloue qui parle ainsi dans son Sermon sur les devoirs des pères par rapport à la çocation des enfants, et c'est justement le thème que de Nervèze, plus d'un demi-siècle avant, a développé dans son histoire.
Il commence^ en manière de précaution, par faire l'éloge du cloître, « escole céleste où la vertu s'apprend et la vanité s'oublie,... jardin où les fleurs de pieté, de zèle et de charité eslevent heureusement leurs racines et dont l'odeur sert d'agréable encens à Dieu ». Il s'élève plus loin contre les calculs intéressés des pères qui font « respandre tant de larmes en la terre » :
Le nombre des enfans pousse un père de faire des retranchemens de son sang pour maintenir sa maison, il fait du bien aux
uns aux despens des autres Il cherche les déplorables remèdes
pour contenter l'avarice, et luy donne hypocritement un masque de dévotion, comme si Dieu ne voyoit point au delà des apparences *.
Il en vient enfin à son récit.
« Non loin de l'embouchure d'un fleuve qui se jette
nant que l'on a tant de peine à marier les filles et pourvoir les garçons; il faudra à la fin, bon gré mal gré qu'ils en ayent, qu'ils soyent moynes et religieuses, car les offices et les mariages sont trop chers. » 1. F° 326, a, de ledit, des Amours Diverses de 1606.
dans rOcean )> s'élève un monastère de religieuses. C'est là que fut conduite Florigène, vers l'âge de dix ans. Ses parents l'avaient « secrettement vouée à Dieu », en lui laissant croire qu'ils la rappelleraient au bout de quatre ou cinq années.
Florigène se laisse « orner la teste du voile blanc^ plustost par bienséance que par degré de profession religieuse » :
On lui jetta trompeusement en lame Topinion que ce voile n'engageoit pas et que sans autre dispense que sa volonté on la feroit sortir au temps qu'on lui avoit promis.
Elle avait aimé dans son enfance un jeune cousin nommé Méléagre et, bien qu'il fût séparé d'elle, Méléagre ne l'avait pas oubliée. Il allait souvent s'informer d'elle dans la maison de ses parents et, parlant à son père, il (( luy disoit d'une gentille hardiesse que ceste fille et luy s'estoyent promis mariage, qu'il estoit désormais temps de la rappeller du Couvent. Le père prenant ce discours en risée comme d'un jeune homme, et luy parlant selon ses meurs desseins, luy respondoit qu'il avoit desja disposé de sa fille en faveur de l'Eglise, et qu'il luy en restoit d'autres, desquelles il lui bailleroit le choix. ))
Ainsi repoussé, Méléag^re se décide à pénétrer dans le couvent. Sa qualité de cousin lui fait ouvrir la porte du parloir ; il voit Florigène au travers d'une grille et il peut avoir avec elle une conversation assez brève. Il lui assure qu'il se souvient toujours des jeux et de la douce intimité de leur première jeunesse; il ajoute qu'il Taime toujours et il lui laisse en même temps deviner qu'il ne l'aime plus de la même manière. Florigène lui fait, non sans trouble, un pareil aveu.
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Leur entretien est vite interrompu, mais ils ont imaginé divers moyens de correspondre secrètement et, suivant l'usage courant, l'auteur ne manque pas de mettre sous nos yeux le texte de leurs lettres. Il se rend bien compte que le tableau de ces « amours religieuses » ne manque pas de hardiesse et il se justifie ainsi dans une apostrophe à sa plume :
Le monde murmurera contre vous (ma plume) de publier que ces ardeurs amoureuses vivent et languissent sous un voile et que ces puissantes furies attaquent les sacrées puissances d'un cloistre. . . Mais je vous veux défendre, et dire que ce seront quelques ignorans qui s'en scandalizeront, pour ne sçavoir que l'amour n'a point d'Empire limité, que les cieux, les eaux, et la terre contribuent à sa domination, que là où sont les âmes, là est son throsne : que tout s'ouvre pour faire place à sa grandeur i.
Avec ses lettres, Méléagre envoie des vers, des vers d'ailleurs détestables où l'on retrouve les métaphores, les jeux de mots et la forme particulière de mauvais goût des strambottistes italiens, d'un Tebaldeo ou d'un Serafino Ciminelli ^.
Mise au courant de tout ce manège, la gouvernante de Florigène finit par s'inquiéter : elle avertit le père et lui suggère un artifice pour brouiller les amoureux. Deux fausses lettres envoyées à Méléagre et à son amie, des messages interceptés et restant par suite sans réponse :