Ceux-ci, par exemple {ibid.^ f° 333, a
Mes vœux vont costoyant les rives de la mort
Sur la mer de mes pleurs, tes yeux servans d'esloilles :
Et pour pousser ma nef à ce ténébreux port,
Mon dueil fournit les vents, et ton voile les voiles.
Si en vivant tu meurs, je veux vivre en mourant. Et ne voir qu'en tes yeux qui m'ont l'ame ravie. Afin qu'en ces souspirs je n'aille respirant Qu'une vivante mort, qu'une mourante vie.
il n'en faut pas plus pour amener une rupture, qui semble définitive.
Pour essayer d'oublier son chagrin, Méléagre prend du service et va « porter son espee au party de son Prince, de ce grand Pioy, la merveille de la terre, l'Alexandre de l'Europe et le César de la France, lequel en ce temps couroit aux périlleux marchez d'honneur, pour achepter quelque heureux siècle à son peuple, et contestoit péniblement avec ses sujects l'héritage de ses pères ». Il se signale pendant le siège de Paris.
Pendant ce temps, la triste Florigène s'épuise à pleurer au fond de sa cellule. Son père, qui la voit ainsi brisée, incapable de résistance, la presse « d'asseurer son vœu ». Elle va y consentir, quand Méléagre, averti par miracle et détrompé, accourt à franc étrier et enlève sa maîtresse.
Tous les deux se rendent d'abord à Rome, « pour avoir les dispenses du mariage », et de là ils vont attendre à Séville que le père de Florigène veuille bien se résigner à approuver leur union.
Pour peu qu'on connaisse la manière d'Antoine de Nervèze, on peut bien deviner qu'il n'a guère su mettre en valeur cette histoire et qu'il n'a guère dégagé les éléments d'intérêt qu'elle comportait : c'était quelque chose pourtant que d'avoir trouvé et d'avoir, à cette époque, osé traiter un sujet qui rappelle — de très loin assurément — le sujet de La Religieuse.