‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 162 sur 192 · Fo · texte numérisé non relu

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principaux de la Toscane » et venue à Paris pour assister aux noces d'un parent, rencontre dans la maison du banquier florentin où elle reçoit l'hospitalité le très jeune et charmant Pyrmestre que son père y a mis en pension pour quil puisse « se façonner aux affaires ». Il s'éprend d'elle dès le premier jour; elle, de son côté, se sent délicieusement troublée, mais elle a de l'honneur et de la vertu, elle se promet de rester chaste. Et aussitôt s'établit une lutte intéressante : des cas de conscience se posent et l'auteur, si médiocre que soit son talent, est soutenu par tout ce qu'il y a de dramatique dans un tel conflit.

La juvénile passion de Pyrmestre est surexcitée (autre manquement aux conventions romanesques) par une très vive ardeur sensuelle qu'il dissimule dans les entretiens sous des formes suffisamment respectueuses et fleuries, mais qui s'exprime très librement dans la solitude. Son imagination lui représente le détail des beautés de Glirie, de celles qu'il a vues : « le teinct meslé eso-allement de blanc et de vermeil, la bouche de corail, les dents qui font deux rangs de perles toutes sœurs, la gorge semblable a une neige freschement tombée du ciel », de celles aussi qu'il devine. N'ayant rien d'un amoureux platonique, il en arrive très vite à demander quelque soulagement à ses peines; mais Glirie refuse même les premières faveurs, par peur d'accorder malgré elle davantage? Pyrmestre ne peut s'empêcher d'admirer sa vertueuse résistance, « il chérit sa chasteté, bien qu'elle soit la principale cause de son malheur », mais il n'en redouble pas moins ses instances.

Désespérant de la convaincre, il essaie de prendre par surprise quelques avantages. Elle a toujours

FIN DU XVl^ ET COiMMENCEMENT DU XVII© SIECLE 309

(( refusé les baisers, sans considérer combien ils sont communs en nostre France )> : une fois, « l'obscurité, la solitude et l'amour lui fournissent de la hardiesse pour l'attaquer; il s'approche d'elle et l'ayant embrassée, il cueille sur ses belles lèvres cette fleur tant désirée^ ».

Ce premier succès lui donne plus d'assurance. Une nuit, s'allant coucher, il s'aperçoit que Clirie a oublié sur la porte la clef de sa chambre. Il s'arrête, le cœur lui bat; il se demande s'il va profiter de cette occasion inespérée. Il redoute les justes reproches de son amie, il croit déjà les entendre; mais le désir le pousse et aussi un certain amour-propre masculin : « Où fuis-tu, coiiard? Qu'attens-tu plus? Que ta Clirie se levé de sa couche et te vienne trouver? » Enfin il entre. Clirie se défend désespérément, en silence : car ses demoiselles dorment près de son lit et elle veut éviter le scandale; elle supplie d'une voix éteinte. Son effroi, sa douleur touchent son amant : il s'éloigne, mais à peine est-il rentré chez lui qu'il regrette déjà sa générosité : « Qu'as-tu faict, Pyrmestre ! Que dira ta Clirie de ta couardise? Ne sçais-tu pas que les femmes veulent estre forcées"? » L'entreprise n'en est pas moins manquée.

Quelques incidents surviennent : une absence de Pyrmestre, première épreuve qui accroît encore l'amour de Clirie sans ébranler cependant sa chaste résolution. Puis une jalousie « conçue sur de fausses apparences », épreuve beaucoup plus cruelle pour tous les deux. Quand ils se sont rendus très malheureux, Pyrmestre s'enfuit, à bout de forces; il va cacher dans un désert sa passion sans espoir. Lui parti, Clirie se reproche amèrement d'avoir si bien gardé la foi conjugale ;

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