‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 164 sur 192 · Lydamant et Callianie (1607), f° 7, b · texte numérisé non relu

Lydamant et Callianie (1607), f° 7, b

moment critique, quelques-uns se décident bien à enlever leurs maîtresses, qui les suivent assez hardiment; mais cette grave résolution estpresque toujours improvisée et l'on peut voir la plutôt un expédient commode dont use l'auteur pour bien finir son histoire que l'efFort conscient de deux volontés révoltées contre le sort.

Le roman grec était dominé par l'idée de la fatalité K Nos auteurs pensent eux aussi que « la sincérité d'une véritable affection » peut moins (c que la fatalité inévitable laquelle rend à un chacun selon l'heur ou le malheur de son infaillible destin^ m. C'est pourquoi leurs héros jetés par le hasard dans une intrigue amoureuse se fient encore à lui pour la dénouer et se contentent de courir leur chance.

Ils rappellent par leur inertie les bergers de Montemayor qui sur les bords du fleuve Ezla chantent éternellement leurs peines sans rien faire pour les guérir. Ce sera le grand mérite d'Honoré d'Urfé d'introduire des personnages plus près de la vie, moins simplifiés d'abord, partagés entre des intérêts opposés ou des sentiments contraires, capables d'autre part d'armer leur volonté et de tendre leur énergie contre les obstacles du dehors : il inclinera ainsi vers le drame un genre qui se contentait jusque-là de développer — sans poésie — des thèmes lyriques.

1. Voir p. ex. VHist. EtJiiop'ique d'Heliodore, tr. par Amyot : « Chariclea de là en avant cogneut bien que les destinées la conduisoient comme par la main... » (Ed. de 1616, f° 283, a). — « ... Ainsi ne sceut il éviter ce qui luy avoit esté prefix par les fatales destinées » (f° 218, a), etc.

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