Ibid., f" 12, a
FIN DU XVI® ET COMMENCEMENT DU XVll'^ SIECLE 315
Presque partout, du commencement jusqu'à la fin de ces petits livres, la mince intrigue est sans cesse interrompue par de semblables propos où se trahissent, avec une inexpérience et une gaucherie non moins touchantes, la même recherche de l'esprit, le même effort vers la légèreté et la bonne grâce.
Lorsque, las de parler, on se sépare, c'est pour mettre la main à la plume et recommencer par correspondance ces assauts de galanterie. De belles lettres sont un merveilleux assaisonnement pour un commerce amoureux. Cette singulière M""^ Pilou, qui dès son mariage, c'est-a-dire depuis 1595, tint une place h part dans la société parisienne, disait, un jour, à quelques-unes de ses amies qui ne se gouvernaient pas bien : « Au moins, n'escrivez-point. — Voire! respondoientelles, ne point escrire, c'est faire l'amour en chambrière^ )). Le roman, là encore, fournit de beaux exemples; naturellement les lettres d'amour dominent, mais il y en a d'autres, appropriées à toutes les occasions : lettres d'une demoiselle pour repousser une recherche importune^, d'un prétendant que les parents font trop languir, lettres des parents pour le calmer, lettres de rupture, lettres de réconciliation, lettres d'adieu.
Quand les amants ont des loisirs, il les emploient à mettre en vers ce qu'ils avaient écrit en prose. Lintason ne quitte jamais Pallinoé sans lui glisser dans la main un sonnet^. Chanter en s'accompagnant d'un luth est aussi un bon moyen d'attendrir une « belle ame » *. La poésie offre enfin aux amoureux disgraciés une consola-
1. Tallemant, Historiettes, éd. Monmerqué et P. Paris, IV, p. 353.
2. Poliphile et Mellonimphe, P 90, b, et Martyre d'Amour, f° 76, b.